‹ Théâtre choisi de J. de RotrouChapitre 67 sur 186 · ACTE V, SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE III

Alcmene.

La plainte qu'on permet à des désespérez Ne te sauvera pas de ces traits acerez. Sus ! que differez-vous? que tarde son supplice ? Que vostre affection est lente en cet office!

Philoctete, à genoux et prest à tirer.

Fils du plus grand des dieux, si du royaume noir Tes mânes sont tesmoins de ce pieux devoir....

loLE, se jettant sur luy.

O sacrifice impie! ô pieté barbare!

Traistre, j'attens le coup que ta main luy prépare. En ce sein innocent pousse ton traict vainqueur, Tu frapperas Arcas, puis qu'il est dans mon cœur. Sommes-nous abordez en un séjour sauvage Où l'on vive de sang, de crime et de carnage ? Pourquoy, cruels, pourquoy jusqu'au palais noircy Hercule cherchoit-il ce qu'il avoit icy? Quel monstre plus sanglant, quel plus cruel Cerbère Que ses propres parens avoit-il à deffaire? Que voit-on en ces lieux que des objects d'horreur? Et qu'y respire-t'on que meurtre et que fureur?

Arcas.

Appaise, mon soucy, tes inutiles plaintes.

lOLE.

Elles auroient effect sur des âmes plus saintes.

Arcas.

La vertu ne peut rien où le vice est puissant.

lOLE.

Qu'ils perdent la coupable et sauvent l'innocent.

Arcas.

Qu'as tu commis d'injuste et dont tu sois^coupable ?

lOLE.

Je t'ay fait odieux, esclave, misérable.

Arcas.

Mon mal-heur m'a fait tel, et non pas ton dessein.

lOLE.

C'est moy qui t'oste l'ame et qui t''ouvre le sein.

Arcas.

Ainsi la loy du sort marqua ma dernière heure.

loLE, tirant un poignard de son sein.

Ainsi la loy du sort ordonne que je meure. Achevez donc, bourreaux, cet injuste trespas, Voicy, mon cœur, voicy de quoy suivre tes pas. Ce coup, puisque le Ciel permet leur tyrannie, Te donne du courage et de la compagnie. Nous partirons ensemble; arrestez, inhumains.

Arcas.

O sensible mal-heur, sauvez la de ses mains.

loLE.

Traistres, cruels autheurs du mal qui me possède, Vous causez le tourment et m'ostez le remède; Alcide ordonna-t'il qu'on prolongeast mes jours Lors que de ceux d'Arcas on borneroit le cours ? C'est d'esgale rigueur nous nuire et nous poursuivre. Que le faire mourir et me forcer de vivre. Donnez, donnez ce fer, ô barbare pitié!

Agis.

O fille mal-heureuse!

O parfaicte amitié !

[Là on entend un grand tonnerre^ et le ciel s'ouvre.)

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