‹ Théâtre choisi de J. de RotrouChapitre 66 sur 186 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

PHILOCTETE, LUSCINDE, AGIS

DEUX VALETS AMENANT ARCAS, lOLE.

On LIE ARCAS au tombeau.

lOLE.

Barbares, assassins, quelle soif, quelle rage. Du sang des innocens repaist vostre courage?

Quel arrest l'abandonne à cet injuste effort? Quel dieu, quelle Themis presidoit à sa mort? Donc son aff^ection ne m'est pas légitime, Je nuis à qui je plais et m'aimer est un crime. Donc, pour ce qu'il m'est cher, je creuse son tombeau Et d'amante d'Arcas on me fait son bourreau.

Philoctete.

Madame, avec regret je suis son homicide ; Mais tous respects sont vains contre la loj d'Alcide.

Alcmene.

Laissez selon ses vœux agir sa passion. Et ne diff'erez point ceste juste action.

lOLE.

O dure cruauté ! quel droict, quelle police Fait d'un meurtre exécrable un acte de justice? Quoy! pour mon innocence un prince périra. Et pour ma pureté de son sang rougira! Tranchez plustost le cours de mes tristes années. Que ma vie et ma plainte en ce lieu soient bornées, Dressez contre mon sein ces redoutables traits ; C'est moy qu'Alcide veut, et c'est moy qui luy plais. Que vostre affection à son dessein responde. Et qu'il ait aux enfers ce qu'il n'eut pas au monde. Accordez luy l'object de ses vœux criminels. Faisant tomber lole aux antres éternels.

Arc AS.

Souffrez, chaste beauté, leur barbare licence, Laissez à l'injustice opprimer l'innocence : Le Ciel, qui vange en fin l'innocent mal-heureux, S^ils ontdes traictspour nous, a des foudres pour eux. De leurs cœurs inhumains toute crainte est bannie. Et vostre résistance aigrit leur tyrannie.

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