TEOCLE, CREON, POLYNICE LES DEUX CAPITAINES
iETEOCLE, sortant desarmé.
Je viens enfin^ je viens, prest à te satisfaire, Et croy que, si plutost j'avois pu me soustraire, Plutost dessus les lieux tu m'aurois veu rendu, Et n'aurois pas l'honneur de m'avoir attendu. Ma mère, à mon desceu, par Ephite advertie, Avec tous ses efforts empeschoit ma sortie, Dont il m'a bien déplu, car je n'ay pas douté Que mon retardement n'enflast ta vanité. Ton appel est, au reste, un bien que je t'envie : J'en pretendois la gloire, et tu me l'as ravie; Cent fois de ce dessein mon cœur m'avoit pressé, Et ce n'est que du temps que tu m'as devancé. Thebes, sur qui jamais nul ne régna sans crime. Le sort te va donner un prince légitime; Voyons s'il m'ostera le nom que j'en ay pris; Que le champ du combat en soit aussi le prix.
Antigone.
Ils s'approchent, ô dieux! et nul n'y met d'obstacle. Fuyons, ne voyons pas cet horrible spectacle.
POLYNICE
Enfin quelque remords t'a donc fait souvenir
Que ta foy s'est donnée, et qu'il la faut tenir?
Tu m'es donc frère enfin, car ce n'estoit pas l'estre
Que de te parjurer et de traiter en traistre;
Pour nous mieux obliger, vien , signons nos accords
De nostre propre sang et sur nos propres corps.