ANTIGONE, EN DEUIL DANS SA CHAMBRE
Nconstante reyne du monde, Qui fais tout par aveuglement, Sans dessein et sans fondement, • Et sur qui toutefois toute chose se fonde, Pousse ta roue, et ne te lasse pas.
Fais que son tour s"'acheve, Il faudra qu'elle nous relevé Après nous avoir mis si bas.
Tels que d'une mer agitée On voit les flots, s'entre-suivans, Se fuir après au gré des vents.
Et ne tenir jamais une assiette arrestée.
Tel est ton ordre aux biens que tu nous fais
Tu nous caresses, tu nous frappes, Tu viens à nous, tu nous échappes, Et tu ne t'arrestes jamais.
Mais pourquoy, trompeuse déesse.
S'il est vray que tu n'as point d'yeux, Est-ce plutost à de hauts lieux Qu'à des toicts de bergers que ta rigueur s'adresse: Tu ne peux voir sur la teste d'un roy L'éclat que tu luy donnes.
Et qui tient de toy des couronnes A tousjours guerre avecques toy.