ACTE III, SCENE II. ii
Dont bien tost sa deffaite effacera la gloire,
Levant les mains au iel, s'écrie à haute voix :
« Soyez bénis, ô dieux, justes juges des roys !
Thebes, dessus ma teste apporte ta couronne :
Elle est mienne, et le sang par deux fois me la donne ;
Apporte, ceste veuë hastera son trespas,
Ma teste achèvera l'office de mon bras. »
Il s'approche à ces mots, luy veut oster l'espée ;
Mais sa main est à peine à cette oeuvre occupée
Que l'autre, ramassant un reste de vigueur
Que la haine entretient à l'entour de son cœur,
Retire un peu le bras, puis, le poussant d'adresse,
Luy met le fer au sein, que mourant il y laisse.
Polynice, à ce coup, mortellement atteint.
Une froide pâleur s'emparant de son teint :
« Quoy ! ta rage, dit-il, n'est donc pas assouvie.
Et tes desloyautez ont survécu ta vie!
Ta perfidie arreste où ton ame n'est pas ;
Atten-moy, traistre, atten, je vais suivre tes pas;
Et, plus ton ennemy que je ne fus en terre,
Te porter chés les morts une immortelle guerre.
Là nos âmes feront ce qu'icy font nos corps,
Nousnousbattonsvivans, et nous nousbattrons mors. »
Avecque ce discours il achevé sa vie ;
La lumière à ses yeux est pour jamais ravie;
Et nous, le cœur transi de frayeur et d'ennuy ,
Demeurons sur le champ presque aussy morts que luy.
Antigûne.
Que vostre mort, ma mère, est un bien que j'envie. Et qu'il me seroit doux de vous avoir suivie ! Venez voir, cher Hemon, si le Ciel en courroux
Peut lâcher quelque trait qu'il n'ait lâché sur nous ; Entrez en cette chambre.