‹ Théâtre choisi de J. de RotrouChapitre 94 sur 186 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

HEMON, ISMENE, ANTIGONE.

Hemon, Certes jamais le sort n'a sur humaine race Tant versé, pour un jour, de peine et de disgrâce. Quoy ! Jocaste deffaite ! ô destin inhumain !

Antigone.

Vous voyez en sa mort une œuvre de sa main : Heureuse et douce mort, puis qu'elle a sceu par elle De celle de ses fils prévenir la nouvelle. Voyez si ma constance a de quoy s'exercer, Mais ma peine, ou ma vie, enfin pourra cesser. Cette raison, au moins, en mon mal me conforte, Que, s'il n'est supportable, il faudra qu'il m'emporte. Mais, de grâce. Seigneur, accordez aujourd'huy Un peu de solitude à ce cruel ennuy, Et me prouvez la part que vous y daignez prendre En laissant à mes pleurs le temps de se répandre.

Hemon.

Je serois plus cruel que vos propres douleurs

Si je vous desniois la liberté des pleurs.

Adieu ; mais treuvez bon qu'en ce mal-heur extrême

Je vous laisse vous-mesme à garder à vous-même :

Domptez de vostre sort l'implacable courroux,

Et que vostre vertu me responde de vous.

ii8 ANTIGONE.

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