SCÈNE III
CRÉPON, FIAMMËSCHI, MARÂSCHINL
MARASGHINI, entrant du côté opposé^ se retournant vers la
coulisse.
Crème, pistache, ananas et vanille; le grand
glateau avec ses quatres groupes, les Aventures de on Quichotte, les Quatre Parties du Monde, un Parnasse garni de ses neuf Muses, et le Désespoir de Jocrisse, en sucre candi.
caiPON.
Diantre! il parait que M. Durville donne une fête magnifique.
112 DUHAUTC0UR8.
MARASCHINI.
Saiut à monsieur Crépon, le modiste.
CRéPON.
Salut à monsieur Maraschini, Tofficier glacier, confiseur. Salut à monsieur Fiammeschi l'artificier, lampiste, illuminateur. Vous attendez M. Durville?
MABASGHmi.
C'est la vérité.
CRÉPON
Pour moi, j'attends madame. Dans notre état nous n'avons affaire qu'aux dames.
MARASCHINI.
Foi d'artiste, le dessert de ce soir me coûtera vingt-cinq louis de ma poche; mais il sera bien, et je suis content. Perché, Thonneur!
FIAMMESGUI.
Une excellente maison pour nous, messieurs; une fête tous les mois.
Ma M. Durville nous doit encore la dernière.
CREPON.
£h quoi! craindriez-vous
FIAMMBSGHI.
La bancarotta!
MARASCHINI.
Mais
CRÉPON
Allons donc! un négociant qui fait les plus grandes affaires, qui jouit du plus grand crédit! C'est de l'argent comptant.
MARASCHINI.
On en voit beaucoup par le temps qui court ; il s'est lié depuis peu avec M. Duhautcours.
CRÉPON
£h bien! M. Duhautcours, un homme fort aimable : un bon cuisinier, un cabriolet, un entresol meublé dans le dernier goût.
FIAMMESCHI.
Un faiseur d'affaires.
MARASCHINI.
Point d'autre état que celui d'entrepreneur général de toutes les banqueroutes de Paris, et il ne manque pas d'ouvrage.
ACTB I, SCÂNB III. 11$
FUMMB8CHI.
Ahl Santo Gennaro, que me dites-vous là?
MABASGHINI.
C'est lui qui a arrangé le malheur de mon fripon d*associé dans les fêtes champêtres où vous me fournissiez l'illumination et Fartifice.
FIAMMESGHI.
Pas possible.
MARASCHINI.
Un homme perdu de dettes, et qui ne paiera jamais ses créanciers qu'en politesses. Un front d'airain, et puis il a a sa disposition trois ou quatre faux négociants qui se succèdent dans toutes les faillites pour entraîner la masse : aussi guand je vois cet homme-là lancé quelque part, je ne suis pas tranquille.
CRÉPON
Fi donc, fi donc! monsieur Maraschinil craintes chimériques, injurieuses pour M. Durville; un très galant homme ; sa femme est pleine de goût, de grâces.
FIAHMESCHI.
Un très galant homme, si vous voulez ; mais s'il ne me donne pas de l'argent comptant tout à l'heure, je remporte mon décor et mes lampions.
CRÉPON
Ahl monsieur Fiammeschi, quand on a reçu quelque éducation, peut-on songer à un pareil procédé?
M. Crépon a raison. En ami, j'ai cru devoir vous avertir : tenez-vous sur vos gardes; ma point de scandale.
FIAtfMBSCHI.
Mais permettez donc; il me doit déjà...
CRÉPON
Mais quand il vous devrait cent feux d'artifice, on n'en vient pas à ces violences avec les gens qui tiennent un certain état dans le monde. Vous vous nuiriez beaucoup. Dans les beaux-arts, il faut savoir attendre et perdre pour se faire une réputation. J'entends M. Durville ; allons, monsieur Fiammeschiy de la douceur, et laissez vos lampions.
114 DUHAUTCOUaS.
FIAtfMESCHI.
n est bien cruel d'exposer ses fonds...
MARASCHINI.
Ehl mon Dieul on s*en fait des fonds, quand on n'en a plus.