‹ Théatre choisi de L.-B. PicardChapitre 217 sur 426 · SCÈNE XXVIII · texte numérisé non relu

SCÈNE XXVIII

MADAME MUSARD ; MUSARD , portant de la musique et des caricatures; UN GARÇON MARCHAND, portant un baromètre, i

MUSARD

Posez, tout cela sur celle table. Pardon, ma femme, lu as à le plaindre de moi... je vais t'expliquer cela tout à Theure, et pour faire la paix, j'ai voulu le faire un petit cadeau : un baromètre excellent ; ce n'est qu'à Paris qu'on peut trouver de ces choses-là.

MADAME MUSARD

Oui, oui, continuez, achelez, satisfaites tous vos goûts ; veus êtes trop riche.

MUSARD

Mais regarde donc; cela fera-t-il un assez joli eflel dans notre salle, sur notre tapisserie à personnages, en regard avec notre pendule en marquelerie. C'est un louis qiie je vous dois, mon

ami ; tenez. {Le garçon examine l^ Jouit,) Oh ! il est

de poids, je les pèse tous moi-même.

LE MARCHAND, remettant des adresses imprimées

ù Musard,

Si monsieur est content, voilà des adresses.

Dominez, donnez ; je les distribuerai à tout Saint- Quentin. Bien le bonjour, mon ami. {Le garçon son.) Et puis deux sonates nouvelles pour violon ou forte-piano, ad libitum. {Il fredonne.)

MADAME MUSARD

Oui, chantez, chantez I

MUSARD

El puis une collection de caricatures, oh! vraiment comiques 1

MADAME MUSARD

On devrait bien en faire une sur vous.

MUSARD

Or çà, maintenant, il faut que je le dise : ta t'imagines c|ue j'ai été partout? Eh bienl point du tout, je n'ai été nulle part.

MADAME MUSARD

Comment! vous n'avez été nulle part.

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HUSARD.

Écoute dpQC, il était tard ; on j^e peut pas marcher dans Paris comme on vent. Gomment passer devant ceç belles boutiques de meubles, de bijouterie, sans s'arrêter, sans examiner, quand on est curieux de belles choses; et d'ailleurs j*ai marchandé un elzévir chez un libraire bouquiniste; il était trop cher : ensuite, comme il pleuvait, je n'ai pas pu sortir des galeries de bois ; et enfin j'ai Tait aes réflexions... J'irai demain, ou plutôt j'écrirai; car vois-tu, est-il bien que j'aie l'air de courir après les gens? Je leur demanderai un rendez-vous.

MADAME MUSARD

Moi, monsieur, j'ai appris de belles nouvelles pendant votre absence.

MUSARD

Eh quoi! donc... (Admirant son baromètre,) Le beau baromètre !

MADAME MUSARD

D'abord, la place que votre fils sollicitait est donnée à un autre.

MUSARD

On ne l'aura pas jugé capable... {Prenant les sonates,) Les sonates sont de Pleyel.

MADAME MUSARU^

Pardonnez-moi, votre fils est capable de tout; tout son malheur est d'avoir un père qui n'est capable de rien.

MUSARD

Ah ! capable de rien, madame Musard ?

MADAME MUSARD

N'avez-vous pas souscrit des billets à ordre pour le quinze?

MUSARD

Eh bien? qu'on se présente.

MADAME MUSARD

. On s'est présenté, vous n'avez pas payé, on a protesté.

Allons donc... Eh ! mais, c'est possible ; le quinze au matin, j'ai fait dire que je n'étais pas visible; je voulais achever le dernier volume de ce roman si intéressant.

MADAME MUSARD

Et ces lettres .de change sur Dorneville, que vous deviez mettre à la poste ? Elles ne sont pas parties?

MUSARD

Ah ! mon Die» ! je m'en souviens : en me disputant avec le directeur de la poste sur un apophthegme de médecine (car il est aussi médecin notre directeur de la poste), j'ai mis la lettre dans ma poche, et je Fai suivi chez un malade. J'ai eu tant d'occupations depuis ce temps-là!

MADAME MUSARD

Et depuis un mois, M. Dorneville n'a-t-il pas suspendu ses payements!

MUSARD

On me Fa dit.

MADAÎIE MUSARD.

Étonnez-vous, après ces beaux chefs-d'œuvre,

3ue votre correspondant ne veuille plus faire 'affaires avec vous, qu'on ait donné ta place à un autre qu'à votre fils; et ce procès dont me menaçait mon beau-frère! si par aventure M. Lerond...

M. Lerond? je l'aurais parié; il est pour beaucoup dans tout cela. Maudit homme, c est lui qui m'attire tous ces malheurs.

MADAME MUSARD

Eh! non, non, monsieur; c'est vous seul qui par votre inertie, votre insouciance, ce que vous appelez le vague heureux de l'esprit, avez tout fait, tout préparé, tout perdu. Or, maintenant, achetez des baromètres, faites des recueils de chansons, félicitez-vous de vous lever tous les matins sans savoir ce que v^us ferez dans la journée, de sortir sans savoir où vous irez, de vous égarer dans vos promenades, d'interroger les passants, d'examiner les boutiques, de deviner à quel point en sont deux personnes qui se donnent le bras ; trente mille francs perdus, des billets à ordre protestés, notre &ls sans état: c'est charmant!

MUSARD

Ohl pour cette fois j'ai tort. Mais • allons,- U ne

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faut pas perdre la tête; tu vas voir que je sais agir.

MADAMB MUSÀRD.

Eh! mon Dieu! restez tranquille, c*est tout ce que je vous demande. Qu'allez- vous faire? entamer des démarches pour ne les pas achever, sortir pour aller dans un endroit, et aller dans uû autre : restez, niaisez, musez, et laissez faire aux autres.

MOSARD.

Mais cependant, ma femme, il me semble... Allons, alfons, je pars et le prends une voiture, afin de n*être pas tenté ae m'amuser en route. Joseph... Mais comment diable as-tu fait pour découvrir tout cela?

HADAMB MUSAHD.

En faisant ce que j'aurais dû faire depuis longtemps, en me faisant donner par Joseph tout ce qui était daos vos habits.

MUSAan.

Gomment! on s*est permis. ••

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