SCÈNE III MARCELIN, GASPARD, GEORGETTE, DELORME
DELORME
Bonjour, la compagnie. (1 Gaspard.) Ah I vous voilà, monsieur ? Mon Dieu, que vous m'avez fait rire hier avec vos marionnettes : c'est qu'il y a là dedans une une morale qui ne m'a pas échappé.
Oh ! le but moral I c'est à quoi je ne manque jamais.
DELORME
On est bien inquiet de ma réponse ici, n'est-ce pas? Eh bien I c'est dit, mes enfants, je consens a votre mariage.
MARCELIN
En vérité I
Ah 1 mon père, que je vous remercie I
DELORME
Un instant. J'y mets une petite condition : l'agrément du parrain de ma fille.
MARCELIN
De M. Dorvilé ?
Nous l'aurons.
MARCELIN
Il est ici.
DELORME
Est-ce que dès le grand matin il ne m'a pas envoyé chercher pour me demander des nouvelles de son jardin et de sa filleule ? Oh I il faut lui rendre justice, c'est un bon maître. Il a bien de temps en temps des accès de fierté et d'orgueil ; mais cela lui prend moins souvent avec moi dei)uis son dernier voyage. Et sa sœur madame de Saint- Phar» elle a été d une gracieuseté... U paraît que leurs affaires vont de mieux en mieux. Cela devient une vraie fortune. Dame ! il spécule, il calcule.
MARCELIN
Oui, pourvu que cela ne s'écroule pas quelque beau matin.
AOTB I, SOàNE III. S37
GBORGBTTE.
Mais si mon parrain allait refuser?
DELORME
Laisse donc; c'est une simple formalité. En définitif, je suis ton père peut-être?
MARCELIN
Pourquoi ne lui en avez-vous pas touché quelques mots sur-le-champ?
DELORME
J*y ai bieu pensé ; mais, je ne sais comment cela s*est fait : au moment où je cherchais mes paroles, ils m*oat congédié ; et je crois qu'il vaut mieux que ce soit Georgette qui lui parle.
Moi, mon père ? toute seule?...
DELORME
Eh ! non, mon enfant, je serai là pour te seconder. Ah çà I cousin Marcelin, tu sais ce que je donne pour dot à ma fille? Le trousseau de sa mère. Toi, de ton côté, tu n'as que ton talent. Ainsi, mes enfants, le contrat de mariage sera bientôt fait.
Écoutez donc, père Delorme : M. Léonard, le notaire, n'expédie pas ses actes à bon marché, nous n'avons rien ni Tun ni l'autre; à quoi bon faire des frais inutiles? On se marie bien sans contrat. Point de contrat de mariage. La publication des bans, la célébration, et puis une noce ; oh ! une grande noce I Voilà tout ce qu'il nous faut.
DELORME
I Comment ! c'est tout ce qu'il nous faut?
GASPARD
Oui, je suis pour la noce, moi. Mais il faut que j'aille à la ville voisine, voir s'il n'y a pas quelque chose à faire pour mon spectacle. Je reviendrai vers le soir. {A Georgette.) Établissez bien votre empire sur votre ancien maître, mademoiselle; c'est ce qui peut lui arriver de plus heureux. (A Marcelin, ) Garde si tu le peux ton caractère infaillible. Tu ne changeras pas le monde; le vieillard n'en restera pas moins près de son coffre; l'enfant sera toujours mené par des joujoux, et les hommes de notre âge par les femmes, la table, les
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honneurs et l'argent, qui ne sont que des jouets d'une autre espèce. (// sort,)