GASPARD, MARCELIN
MARCELIN
Qu'il me tardait de te revoir! Tout est bien changé pour moi depuis ce matin, mon cher Gaspard.
GASPARD
Je le sais, et je vous en fais mon compliment... Je veux dire ^ue c'est avec la plus vive satisfaction que j'ai appris le bonheur d'un ancien ami.
Eh! que diable! monsieur Gaspard, laissez là vos compliments et vos satisfactions. Ces termes-là sont de trop entre nous ; ton ancien ami ne veut pas cesser de l'être. Touche là, et embrasse-moi.
GASPARD
Que je t'embrasse! Volontiers. Ahl je respire à mon tour. Je t'avoue que ta prospérité m'inspirait des craintes... Grâce à toi, ma crainte se passe, et je me réjouis de retrouver encore mon camarade Marcehn.
MARCELIN
Oui, mon ami, je suis riche, immensément riche; en quel(][ues heures, il m'est survenu un château, un équipage, des laquais, des amis intimes, et un portefeuille; mais je conserverai mes Î principes déncats, généreux, extraordinaires. La ortune me sied trop bien pour aue je n'en fasse pas un bon usage. As-tu besoin d'argent, de caution? puis-je te servir en quelque chose? parle. .
GASPARD
Ma foi, puisque tu me préviens et que tu veux
que j'en use sans façon avec toi| je t'avoue que je méditais de t'emprunter...
MARCELIN
Combien?
GASPARD
Ohl beaucoup... Dix mille francs.
Les voilà; en veux-tu davantage?
GASPARD
Non ; c'est tout ce qu'il me faut pour un certain projet de spectacle.
MARCBUN.
Fi donc ! vas-tu encore t'occuper de ces misères. Tu es fait pour mieux que cela. Tiens, je pars ce soir pour Paris, viens avec moi ; tu as de l'esprit, dfr la littérature; je te prônerai, je te servirai, je te pousserai. £h bien I suis-je une girouette, tournant selon le vent des circonstances?
GASPARD
Brave et génèrent Marcelin, riche et si digne de l'être! oui, je pars avec toi; je te ferai connaître ma femme, ma fille; tu seras leur bienfaiteur.
MARCELIN
Point du tout; je serai leur ami, vous serez les miens.
GASPARD
Toujours. £hl que ces amis sont préférables à tous ceux qui vont te tomber des nuesl
MARCELIN
Ils sont déjà arrivés. Comme je te le disais, j'en ai, des nouveaux amis : H. Dorvilé, l'ancien propriétaire du château ; il me dédaignait ce matin, il ne tient qu'à mol de le protéger maintenant : M. Valberg, hier complaisant de M. Dorvilé, et le mien aujourd'hui : leurs deux sœurs, charmantes femmes, ma foi. J*ai deviné leurs intentions ; on me fait la cour comme à une jolie fille, mon ami. Coquettes de Paris^ coquettes de province, coquettes de villa|a^e : madame de Saint-Phar, mademoiselle Célestme, Georgette, c*est à qui m'épousera.
GASPARD
A propos^ je suis chargé de te parler..*