SCÈNE III. S
6ABBIBL.
Je VOUS demande bien pardon, monsieur de Lafleur.
LAFLEUR
Qu'est-ce que c'est que monsieur de Lafleur? Croyez-vous que je ne sache pas mon nom?
GABRIEL
Je voulais dire que c'est uniquement par la crainte d'importuner monsieur que j'ai tardé à lui présenter mes hommages.
LAFLEUR
C'est bon, j'aime à voir que tu te mettes à ta place.
GABRIEL
Monsieur veut-il passer son habit?
LAFLEUR
Eh bieni eh bieni as-tu perdu la tête? Tu te presses. Tu me permettras bien d'essuyer ma poudre?
{Il s'astied prii d'une toilette et eisuie sa poudre,)
GABRIEL
C'est le zèle, c'est l'ardeur de servir.
LAFLEUR
Oui, à ton âge, j'étais aussi vif, mais pas si gauche. Ta dis donc que...
GABRIEL
Je dis que je suis enchanté de voir à monsieur cet air de gaieté, de bonté...
LAFLEUR
Tu trouves? H est gentil ce petit bonhomme. Ma cravate?
GABRIEL, donnant celle que Marie lui a donnée,
La voilà. Non, je me trompe; voici la vôtre.
LAFLEUR
Je te veux du bien, Gabriel. Tu commences à te former; ta gaucherie tient à ton zèle, et je crois que tu n'es pas si sot que je l'avais pensé d'abord.
GABRIEL
Oh I monsieur est bien bon.
LAFLEUR
Mon habit? M. Dorsay, ton mattre et le mien, est un fort galant homme,très riche, qui s'est avisé d'avoir de l'ambition; petit génie, quoiqu'il se mêle de versifier. Attuçhertoi 1 ipoi ; de la con-
duite, des mœurs, et... La plume, Técritoire? j'ai à écrire. Parle toujours; je t'écoute.
GABRIEL, servant La fleur.
Les bontés de monsieur m'encouragent à lui révéler un secret.
LAFLEUR
Un secret! Tu as des secrets? (Écrivant,) Oui, ma belle amie, que je meure si je ne meurs d'amour... Eh bien! ton secret?
GABRIEL
Je vous dirai, monsieur, que je suis aussi dévoré d'ambition.
LAFLEUR
Ah, ah ! c'est fort bien. Il faut en avoir. Et ton ambition, c'est... Allons ne soià pas timide; je suis conteut de moi, le moment est propice, tu feras bien d'en profiter.
GABRIEL
Monsieur a une nièce bien jolie.
LÀFLECJR.
Plaît-il? tu as remarqué que ma nièce était jolie?
GABRIELé
Quoique jockey, on a des yeux, on a un cœur- Ce n'est pas que pour le moment j'aie l'impertinence de prétendre à une alliance... vraiment disproportionnée; mais par la suite, aidé des conseils et de la protection de monsieur, je pourrais devenir valet de chambre.
LAFLEUR
Diable! c'est fort. Tu es bien jeune encore.
GABRIEU
Enfin, que monsieur ne me retire pas son appui, et je suis sûr de faire- mon chemin. .
LAFLEUR
Fripon, tu cherches à m'attendrir.
DORSAY, en dehors.
Eh I Lafleur.
LATLEUR.
J'entends monsieur. Eh Vite, emporte ma robe de chambre, range ce fauteuiL Ce billet à la souli>rette de cette petite danseuse des boulevards. A ton retour, je te dirai... j'aurai réfléchi...
GABUBL.
Monsieur ne m'en veat^s de ma témérité?