‹ Théatre choisi de L.-B. PicardChapitre 322 sur 426 · SCÈNE XXIV · texte numérisé non relu

SCÈNE XXIV

LA.FLEUR, GABRIEL, en redingote^ un petit paquet au bout d'un bâton j MARIE, au fond.

MARIE, û Gabriel.

Allons, avancez.

LAFLEUB.

Ah I c'est toi, Gabriel? Ëh bien! que signifie ce paquet, cet air triste?

Je viens faire mes adieux à monsieur, et lui demander mon certificat.

LAFLEUB.

Gomment! tu veux me quitter sur-le-champ?

GABRIEL

Monsieur m'a dit qu'on me donnait huit jours pour trouver une condition ; mais il me serait trop dur de rester dans une maison après avoir perdu les bonnes grâces de mon protecteur.

LAFLEUB.

Allons, ne parlons plus de cela. J'ai plaidé ta cause auprès de monsieur; il te pardonne; tu peux rester.

GABRIEL

Vrai? Ah! monsieur, quel bonheur!

LAFLEUB.

Eh bien ! mon ami, nous sommes placés. Oui ; M. Dorsay a la parole du colonel. Cette maison-ci va devenir très bonne. Nous aurons des clients, des créatures. Monsieur Gabriel, de la probité au moins, et le moins d'insolence qu'il vous sera possible.

GABBIBL.

Ah I monsieur peut compter... Et quant à l'objet dont je vous parlais tantôt...

LAFLEUB.

Écoute, je ne suis pas un méchant homme, moi.

846 LBS RICOCHBTS.

J'ai été amoureux comme toi ; ma nièce est sage, vertueuse ; tu es rangé, soumis, complaisant ; et comme je serai là pour vous surveiller...

GABRIEL

Si monsieur voulait nous marier, il s'épargnerait la peine de la surveillance.

LAFLEUR

Approche un fauteuil. {Gabriel approche un fauteuil avec empressement,) Fais venir ma nièce; le suis bien aise de vous faire un sermon à tous deux.

HARIE, s*avançant.

Me voici, mon oncle.

LAFLEUR

Ah I tu étais là. Ehhien 1 sais-tu ce cpiî se passe? Sais- tu que ce mauvais sujet de Gabriel a Timpertinence d*être amoureux de toi?

MARIE

Je le sais, mon oncle.

LAFLEUR

Tu le sais... Tu as peut-être la folie de n'en pas être fâchée, toi?

MARIE

Mon bon oncle, si vous vouliez...

LAFLEUR

Ah ! oui, mon bon oncle I vous me flattez, vous me cajolez, c'est fort bien : mais qu« diable, attendez donc que Gabriel ait fait son chemin.

MARIE

Il Ta fait, mon oncle ; il eât valet de chambre du colonel Sainville. M. le colonel épouse madame; c'est moi qui, ai arrangé tout cela. ,

LAFLEUR

Gomment? c'est toi qui as arrangé...

MARIE

M. le colonel arrive à l'instant môme ; j'ai bien fait la leçon à madame; dans ce moment eUe accorde sa main au colonel, et lui demande la place de valet de chambre pour mon Gabriel.

LAFLEUR

Pour ton Gabriel. Tu le regardes déjà comme à toi?

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