‹ Théatre choisi de L.-B. PicardChapitre 332 sur 426 · ACTE I, SCÈNB VI · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNB VI

pourrons faire une connaissance plus intime. {Mon-

irnnt ta maison de Duparc) Je viens tOUS les deux

jours chez votre voisin.

PHILIBERT AÏSi.

m, Duparc?

CLAIRVILLB.

Sa fille est une de mes écolières.

PHILIBERT aInB.

CLAIRVILLE

Une de mes meilleures écolières. J'avais été le professeur de sa mère avant qu'elle fût mariée, et madame Dervigny sa grand'mère a bien voulu se souvenir de moi. Cela ne me rajeunit pas, comme vous voyez; mais c'est une preuve d estime qui m'honore et me flatte infiniment. La jeune personne a moins de voix, mais plus de goût que sa mère. Oh 1 les Italiens ont bien perfectionné la méthode, (i/ fredonne.)

... Pietà... pietà...

PHILIBERT aInÉ.

Et vous venez donner votre leçon?

CLAIR VILLE

Non pas aujourd'hui. M. Duparc m'a fait l'honneur de m'inviter à dîner à sa maison de campagne. Je devais partir avec toute la famille, mais j'ai tant d'affaires I Je viens leur dire que j'irai de mon côté.

PHiLmERT aIné.

Vous allez dfner à la maison de campagne de M. Duparc. Vous êtes bien heureux I

GLATRVILLE.

Mais, oui : on y fait bonne chère; il y a très bonne société.

PHILIBERT aInÉ.

Ainsi vous êtes Tami de la maison?

CLAIRVILLB.

J'ose me donner ce titre. Par mes faibles talents, je suis l'âme des fêtes et des soirées que donne madame Dervigny; par mon caractère, ma conduite et un certain usage du monde, j'ai mérité sa confiance et celle de son gendre.

PHILIBERT aInÉ.

Quel homme est-ce que M. Duparc?

858 LES DEUX PHILIBKRT.

CLAIRVILLE

Un très honnête homme, qui, après avoir été vingt ans notaire à Paris, a conservé une telle passion p^yr les affaires, que, dans la crainte de s'ennuye., il s'est fait l'intendant de deux ou trois de ses anciens clients, entre autres du duc de Mircour, un de mes écoliers, qui vient d'être nommé ministre. Madame Dervigny, aussi bonne lemme que son gendre est bon homme, se fait remarquer par sa tendresse pour sa petite-fille, qu'elle aurait gâtée si cette jeune personne n'eût été douée du plus heureux naturel. Û y a en celle-ci un mélange de naïveté, de raison et d'innocente coquetterie, qui enchante tous ceux qui la voient. Elle est fort bien.

PHILIBERT aINÉ.

Oui, c'est bien elle; sans lui avoir jamais parlé, je la reconnais à ce charmant portrait. Ahl mon cher Clairvillel

GLÀIRVILLE.

Eh bien?

PHILIBERT aInÉ.

Il y a un mois que, pour la première fois, aux Tuileries, j'ai vu mademoiselle Duparc; j'avais été frappé de sa beauté; mais combien je me sentis ému des soins qu'elle prodiguait à sa bonne grand'mèrel Sans affectation, je passai plusieurs fois dans Tallée où elles étaient assises. Elles se levèrent, je les suivis. La vieille femme s'appuyait sur le bras de la jeune fille. Quel échange de doux regards entre elles deux I Dans ceux de la grand'mère, c'était... comme une espèce de reconnaissance. Dans ceux de la jeune fille, c'était de Taffection, du dévoiîement, une expression angélique de tendresse filiale. Depuis ce temps, je vais m'asseoira quelque distance d'elle dans les promenades qu'elle fréquente. A l'église, derrière un pilier, j admire sa douce et sincère piété. Au spectacle, je me place dans la galerie au-dessous de la loge

Qu'elle occupe ; je cherche à saisir quelques mots e son entretien avec son père ou sa bonne maman : je remarque dans ceux qui arrivent jusqu'à moi, de l'esprit, du sens, de la bonté. Je n'ose me flatter d'en avoir été remarqué; mais pas an

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