ACTE I, SCÈNB VI
jour ne s'est passé sans que j'eusse le bonheur de la voir.
CLÀIBVILLE.
C'est fort intéressant. Il ne faut plus vous demander pourquoi, depuis quelque temps, on vous vois si rarement chez M. Forlis.
PHILIBERT aInB.
Mademoiselle Forlis est aimable et bonne; je suis touché de l'amitié que son père me témoigne; mais outre que je ne suis pas assez fat pour croire que l'on songe à moi, c'en est fait, je ne puis aimer que la ûUe de M. Duparc. Mon cher Clairville, puis-je compter sur vous?
CLAIR VILLE
Compter sur moi 1 Écoutez, monsieur Philibert, voilà vingt ans que je fais métier de donner des leçons de musique; oui, vingt ans. Car je commençai immédiatement après la chute de mon opéra, lequel fut donné un an juste après que j'eus remporté le grand prix de composition musicale.
PHILIBERT aUxÉ.
Au fait, de grâce.
CLAIRVILLE
Je fais fort bien mes affaires. Outre les leçons particulières, j'ai deux collèges et trois pensionnats de jeunes personnes. Or, à quoi dois-je mes succès? à mon talent d'abord; quand on a formé presque tous les premiers sujets des théâtres lyriques de Paris et des départements...; mais c'est à la régularité de mes mœurs que je dois l'amitié des parents, Testime des instituteurs, le respect et la reconnaissance des élèves. Je ne prétends pas avoir été plus qu'un autre à l'abri de tendres erreurs; j'ai même eu quelques bonnes fortunes assez remarquables; mais jamais parmi mes écolières. Je n'ai fait la cour qu'à une seule, que j'ai épousée, et qui depuis quinze ans fait mon bonheur. Aussi j'ai la jouissance de voir qu'on vante mes principes de morale presoue autant que mes principes de chant et de mélodie.
PHILIBERT ÀÎKÈ.
Je le sais; mais...
CLAIRVILLE
Ce n'est pas tout. Bien loin de consentir à me
mêler d'aucune intrigue, je me suis fait une loi de ne recevoir aucune confidence d'amour, même quand les vues sont honnêtes, et je me reproche presque d'avoir entendu la vôtre. On se plaît tant à médire sur le compte des artistes! Ainsi, moo cher monsieur, je vous aime de tout mon cœur. Je croîs que mademoiselle Duparc serait très heureuse avec vous. Je désire vivement que vous obteniez sa main ; mais ne comptez pas sur moi.
PHILIBERT AÎNÉ
Je ne vous demande qu'une faveur; c'est de me présenter à M. Duparc comme un de vos amis qui voudrait profiter du voisinage pour se lier aveclui.
GLÀIRVILLE.
Comme un de mes amisl
PHILIBERT AÎNÉ
Vous ne mentirez pas.
GLAIRVILLE.
C'est beaucoup d'honneur que vous me faites... Mais pourquoi m'avez-vous avoué que vous aimiez sa fille? Cela va me gêner... Cependant j'y réfléchirai... Et demain...
PHILIBERT AÎNÉ
Pourquoi pas tout de suite?
GLAmVILLE.
Non. Je connais le bon M. Duparc; il est pressé d'aller à la campagne : toute visite qui retarderait son départ lui serait importune.
PHILIBERT AÎNÉ
En ce cas, je n'insiste plus. Je cours chez mon propriétaire; j'étais si pressé, que je me suis emparé de l'appartement avant d'avoir signé le bail. Ainsi vous me promettez...
GLAmVILLB.
Je ne vous promets rien.
PHILIBERT AÎNÉ
Pardonnez-moi, vous promettez de ne pas m'étre contraire; et vous ne manquerez pas à la sévérité de vos principes en assurant à M. Duparc que sa fille serait avec moi la plus, heureuse et la plus aimée des femmes. (// «on.)
GLAIRVILLE, «eu/.
Il est aimable ; je le crois honnête et bon, et je