‹ Théatre choisi de L.-B. PicardChapitre 336 sur 426 · ACTE I, SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE VIII

DUPARG.

Philibert! C*est le nom de la personne qui s'est fait écrire chez moi de si grand matin; un nouveau voisin, à ce que m'a ait mon portier.

CLAIRVILLE

Il est venu se loger là tout exprès pour voir plus souvent votre fille.

MADAME DBRVIGNY.

Savez-vous que voilà une preuve d'amour fort délicate?

DUPARG.

Philibert ! J'ai connu un Philibert dans ma jeunesse.

GLAIRVILLB.

Un négociant.

DUPARG.

De Rouen.

GLAIRVILLB.

C'était son père.

DUPARG.

II y a eu entre lui et moi un échange de services et de bons procédés. J'aimerais fort pour mon gendre le fils d'un ancien ami.

MADAME DERVI6NT.

Puisqu'il vous a fait une visite ce matin, ne serait-il pas de la politesse de la lui rendre '^

DUPARG.

Sans doute.

GLAIRVILLB.

Il n'est pas chez lui.

DUPARG.

Je n'ai pas le temps d'attendre. Je vais mettre une carte a sa porte.

GLAIRVILLE.

Voulez-vous me^la donner? Je m'en charge.

DUPARG, remetlant la carte à Clairvitte,

Aurez-vous cette complaisance?

MADAME DERVIONY.

Et VOUS nous répondez de tout ce que vous venez d'avancer sur son compte.

CrAIRVILLE.

Un moment... Je ne voudrais pas... {Comme se décidant.) Eh bien I oui. Alloos, malgré tous mes scrupules, me voilà lancé dans une négociation de mariage. C'est la première fois... Je me trompe;

j*ai été pour qaelque chose dans celui de la petite Ëroestine Dercour, qui plaide aujourd'hui en séparation ; mais ici, j espère ^'il n*en sera pas de même. Cependant, comme je ne. me soucie pas d'avoir toute la responsahilité... Vous connaissez M. de Préval, M. Derlange? Interrogez-les, interrogez M. Forlis lui-même.

DUPARC

Justement, je vais dans le quartier de Forlis. En m'y prenant avec finesse, je saurai si, en effet, il songeait à lui donner sa fille. Et ma foi, si son témoignage et celui des autres s'accordent avec le vôtre, j'aime à mener les affaires brusquement; c'est le fils d'un ancien ami; je donne un grand bal ce soir à la campagne ; nous manquons de danseurs. Pourquoi n'inviterais-je pas ce jeune Philibert?

MADAME DBRVIGNT.

M. Clairville pourrait se charger de l'amener.

CLAIRVILLB.

Impossible : mes courses ne me permettront pas de me mettre en route avant quatre heures.

MADAME DERVI6NY.

Pourquoi ne viendrait-il pas avec M. Pastoureau? II m'a fait dire qu'il avait une place à donner dans son cabriolet.

CLAIRVILLE

Vous le feriez voyager avec un rival?

MADAME DERVIGNY

Ohl un rival. Je vous assure que M. Pastoureau me parait encore bien moins ce qu'il nous faut, depuis que vous m'avez parlé de votre aimable jeune homme.

DUPARC

Convenons de nos faits. {A madame J)ervigny.) Vous allez partir avec ma fille et Marianne dans la calèche ; moi je prends le cabriolet ; je vais chez Forlis; je m'informe du jeune homme; si les réponses sont favorables^ je lui écris de chez Forlis même un petit billet d'invitation que Joseph vient lui apporter ici, tandis que je termine mes autres affaires. Le jeune homme part avec le cousin Pastoureau; et l'ami Clairville vient nous joindre le plus tôt qu'il pourra.

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