‹ Théatre choisi de L.-B. PicardChapitre 4 sur 426 · VIE DB PICARD. III · texte numérisé non relu

VIE DB PICARD. III

Qaelqaes moto après, le pauvre Loato-Benof t était commis chez un libraire de Nantes. Il ne tarda pas à s'en échapper, revint à Paris, trouva hermétiquement close la maison paternelle, mais sûr qu'avec la liberté il tenait Tavenir, il fit argent du peu quUl avait de bagage, et se blottit sous les toits dans une pauvre chambre, où, pendant tout un hiver, il n*eut pour se chauffer et se nourrir que les châtaignes quUl jachetait au coin, il n*y avait chez lui d'autre abondance que celle de manuscrits : pièces faites, ou pièces à finir. Tous les thé&tres, depuis le plus imposant Jusqu'au plus humble, furent assiégés de ses œuvres, mais ils ne s'en embarrassèrent que médiocrement. Treize fois de suite un refus poli fut leur réponse I

Pieard n'osait pas affronter lui-même. S*il se risquait, lorsqu'une pièce était achevée, à la porter respectueusement chez le portier du théAtre, c'était tout. Il n'était pas de force à tenter davantage. Deux amis, qu'il s'était faits du temps de ses essais de Basoche, Andrieux, déjà connu au théâtre, et Joseph Droz, qui cherchait sa voie dans une littérature plus sérieuse, se chargeaient d'aller savoir le sort de ses manuscrits, et de lui en rapporter des nouvelles. Ce n'est qu'au quatorzième qu'elles furent telles qu'il les espérait depuis si longtemps.

Andrieux — c'est lui qui avait été de corvée ce jour-ri — accourut lui apprendre que son petit acte en prose, le Badinage dangereux, était reçu par la troupe de Monsieur. C'est celle qui Jouait, au théâtre des Tuileries, l'opéra buffa, l'opéra-comique, la comédie et môme le vaudeville. Andrieux, en brave ami qu'il était, n'ajouta pas qu'il avait, deputo quelque temps, des intelligences dans la place, et que cette réception était due en partie à ses reoommandations.

On était dans les derniers moto de 1789, Picard venait d'avoir vingt ans, et, tout à ce qui faisait sa vie et son travail, il ne s'apercevait pas que, pendant qu'il s'occupait de ce Badinage, un grand drame avait commencé à se Jouer qui devait remuer la France de fond en ^comble, et 7 substituer à la vieille société frappée à mort, une loeiété nouvelle gangrenée de vices en naissant, comme l'antre l'était en mourant, et dont le peintre le plus vrai, le plus vif ne serait autre que lui-même.

JLa pièce, qui n'était qu'un tout petit aete en prose. Ait représentée le 27 novembre. Elle réussit, mato un peu par Indulgence. Il entendit en sortant quelqu'un qui

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