‹ Théatre choisi de L.-B. PicardChapitre 3 sur 426 · II VIE DE PICARD · texte numérisé non relu

II VIE DE PICARD

dans la ville qui est le mouvant théâtre de Péternelle comédie. Il naquit à Paris. Son père y était avocat aii Parlement, et très estimé parmi les plus sérieux. Louis-Benoît, notre auteur, qui était l'aîné de ses deux fils, fut destiné par lui à la même carrière. Ses études terminées au collège Louis-Ie-Grand , où l'amour lui donnait déjà des distractions dont on y parlait encore dans mon enfance, il dut par ordre paternel faire son droit; mais il fut rebelle, et les Instituteê s'usèrent beaucoup moins entre ses mains que les œuvres de Molière. 11 arriva pourtant jusqu'au grade de licencié, mais refusa net d'aller plus loin et de faire son stage d'avocat.

On était en 1787, Louis-Benoit, né en 1769, avait alors dix-huit ans, et se croyait un homme. Son père voulut savoir ce qui le détournait de la Basoche et découvrit, sans beaucoup de peine, que c'était le théâtre. Une ébauche de pièce en vers, trouvée sous des papiers tim« brés, fut la révélation. Étonné, presque ravi de ce qu'il y trouvait d'esprit, mais f&ché plus encore de ce qu'il y voyait de désobéissance à ses ordres, il en parla un jour à Tissot, futur collègue de son fils à l'Académie^ et alors simple clerc de procureur.

C'est de Tissot lui-môme, en 1845, lorsque presque octogénaire il habitait un chétif appartement du passage Saunier, que nous tenons l'anecdote :

« Vous voilà, vous, dans la bonne voie, lui dit le père de Picard. Vous aurei, dans quelques années, une bonne charge, vous plaiderei à votre aise, et vous vous marierex comme vous voudres. Ah I si mon fils faisait de môme I Mais, tenei, ce sont ces sottises-là qui l'occupent, »

Et tirant le malheureux manuscrit, il se mit à en lire les vers, négligemment d'abord et avec une sorte de dépit, pais plus chaudement et comme si la pièce eût été de lui.

<( Ma foi I ce n*est pas mal, dit-il alors avec une larme dans le sourire, et j'avoue que le mauvais drôle a bien de l'esprit; mais pourquoi diable ne se fait-il pas avocat? »

Louis-Benoit n'y voulut décidément pas entendre; le père de son côté, ches qui l'attendrissement ne paraissait que par éclairs trop rares, tenait de plus en plus à ce qu'il fût inscrit au barreau. Gooune il avait le droit pour lui, son fils n'étant pas mineur, il prit le parti de l'éloigner des séductions, dont la pente l'entraînait vers ce qu'il redoutait.

Il renvoya loin, bien loin de Paris.

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