‹ Théatre choisi de L.-B. PicardChapitre 6 sur 426 · VIE DE PICARD. Y · texte numérisé non relu

VIE DE PICARD. Y

proTinoe, et même à Pétranger. C'est de cette pièce que Schiller a tiré la sienne : VOnele pris pour son neveu. Le premier soir, Picard fut demandé, mais ne parut pas, et toute la critique lui en tint compte, comme d'un acte de bon goût et de bon esprit. Elle fut unanime aussi pour reoonnaitre ce que la pièce avait de qualités et ce qu'elle promettait : « L*auteur est très jeune, lisait-on dans la Gazette nationale^ qui est, comme on sait, devenue le Jfomieur; on prétend qu*il n'a que diK<*huit ans — c'est vingt et un qu*il eût fallu dire; — on voit qu'il est né pour Part dramatique, et qu'avec un peu d'étade de la scène, il est fait pour aller loin dans cette carrière, et pour s*y distinguer. »

C'était de la critique prophétique, à laquelle Picard vou> lut sans tarder donner raison. Six semaines après^ il lut au théâtre de la Nation, c'est-à-dire à la Comédie-Françidse dont c*était le nom nouveau — vous voyez qu'il montait — une sorte de trilogie en trois actes en vers, dont le titre le Passé, le Présent, l'Avenir, disait assez le sujet. Elle fut acceptée, et même avec une certaine fa^ veur, tant on y trouva de verve et de pénétrante satire. Deschamps, le valet, dont il fit plus tard un roman, le Gil'Bias de la Révolution, et qui reparaît aussi par reflet dans les Marionnettes, fut applaudi comme un type excellent par toat le comité. On n*y fit pas moins fête à la scène du Club des privilégiés si vigoureuse et si vivante. En un mot le succès de lecture fut très vif, et on le comprend lorsque, aujourd'hui encore, on lit la pièce. On n'y fait qu'une seule réserve qui ne pouvait tout naturellement être faite dans l'origine. Si Picard ne se trompe ni sur le Passé ni sur le Présent, tel qu'on les voyait en 1791, il se trompa étrangement au contraire sur r Avenir. Il vécut assez pour le reconnaître, car c*est à la date de 1830, qu'il fixa l'éclosion de cet avenir, né de la Révolution. Alors il ne devait plus y avoir un seul abus, sa pièce l'affirmait. Il put voir qu'au lieu de disparaître, les abus n'avaient fait que croître.

Sa trilogie si bien accueillie à la lecture ne fut cependant pas jouée. On n'a jamais bien su pourquoi. Peutêtre est-ce parce que Picard avait d'autant mieux vu de près, qu'il avait mal vu de loin, et s'était permis de le dire en quelques scènes trouvées trop vives ou du moins pas assez flatteuses par les puissants du moment. Il lui restait la ressource de faire imprimer ses trois petites pièces, il en usa. A bi fin de l'année, lorsque tout

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espoir était perda poar lear représentafion, «Iles^pararent avec oe titre : « Le Passif le Présent, l'Avenir, comédies, cliaeane en un acte en vers, reçues au théâtre de la Nation, le 30 juillet 1791. »

La vente semble en avoir été asset rapide^ car les exemplaires sont rares. Picard lui-même n'avait pas cette brocliure, lorsqu'un jour Bérard , grand amateur, qui était par alliance un peu de ses parents et, comme tel, collectionnait ses -œuvres avec soin, lui en demanda un exemplaire.

La réponse qu*il ût est eurieuse, non seulement par Tappréciation, selon nous beaucoup trop sévère, de cette pièce de ses premiers temps, mais par le coup d*œil que déjà mûr — c'était en 1812 — il y jette sur une partie de son répertoire. Voici cette lettre avec tout son négligé et toute sa franchise :

« Monsieur et très cher cousin, je ne peux pas vous procurer le Paêsé, le Présent et l*Avenir, car moi-même je ne Tai pas. Ne le regrettez pas plus que moi* Pièce de circonstance, bizarre, sans intérêt, et qui est au nombre de plusieurs que je ne voudrais pas avoir faites. Vous êtes bien bon de faire un recueil de mes comédies. Je suis bien sensible aux choses agréables que vous voulez bien me dire. Grolriez-vous pourtant que je suis presque tenté de vous en vouloir. Je suis trop franc pour condamner tout ce que j'ai fait, mais il y a bien de la drogue. Mes amis les plus indulgents divisent mon théâtre en haute et basse Picardie. Je médite un recueil, mais je me garderai de tout mettre. J*ai essuyé le feu de soixante-une premières représentations» et ma collection ne comprendra que trente-huit comédies, et peut-être est-ce beaucoup trop. Cependant, Monsieur, si j'avais la pièce que tous désirez, je m'empresserais de vous la donner. Je suis trop jaloux d'obliger un allié qui s'annonce d'une fagon si flatteuse pour moi. Faites agréer, je vous prie, mes hommages affectueux à ma chère cousine, et daignez recevoir mes remerclments de votre aimable lettre. « Picard. »

La pièce qui suivit cette pauvre trilogie qu'il malmène de si haut, ne fût pas de celles dont il eut plus tard à renier presque, comme ii le fait ici, la paternité. Ce sont les Visitandinee, dont le succès le mit véritablement en vue.

Opéra-comique des plus amusants, qu'il semble avoir

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écrit avec une plitme arrachée au Vêrt-Vertde GreMet, et dont la verve allama celle de son assez froid musicien. Devienne, cette pièce ftit acclamée au théâtre Feydeau. On y trouvait en quintessence, dans les deux actes, tout ce qui, depuis tant d'années, se distillait de malice contre les nonnes et les couvents.

Bientôt même, lorsqu'on s*en fut bien grisé, Ton voulut que Picard en donnât davantage. Il s'exécuta. N^étaitrce pas la eonséquence de son succès? En 17 93, sous rimpression des événements d'une hostilité plus impitoyable, il changea son dénouement pour qu'il eût plus d'accent, et ajouta tout un acte à la pièce. Ce n'était qu'un placage de circonstance, que de lui-même il fit disparaître sans en laisser la moindre trace dans aucune édition ; et qu'il dut expier plus tard par une transformation toute contraire.

Sous la Restauration, en 1825, on voulut reprendre à rOpéra-CSomique les Visitandines, au légendaire succès* La censure y mit son holà 1 ce n'était plus le temps de plaisanter les nonnes I Picard pensa qu'un pensionnat pourrait, plus ou moins bien, remplacer le cloître, et il se décida pour la substitution, mais sans vouloir s'en charger lui-même.

Son ami, Charles Vial, fit l'ingrate besogne et même assez habilement, pour que la vogue de l'opéra-comique ainsi ressuscité ne parût pas trop en souffrir.

C'est au commencement de juillet 1792 que les Visitandines avaient été jouées, et, comme nous l'avons dit que le nom de Picard s'était positivement mis en vue et imposé au succès. 11 se croyait maître désormais du terrain. Son illusion ne dura guère. Le public alors ne se taisait pas d'idoles. L'auteur, acclamé la veille, pouvait être plus qu*aucun autre, sifflé à outrance le lendemain.

UEnlévement des Satines, deux actes à vaudevilles, que Picard fit jouer au même théâtre à la fin d'octobre de la même année, lui fit subir cette douloureuse épreuve. La chute fut complète, malgré quelques scènes amusantes, et tout le comique mis par Juliet dans le rôle d'un vieux ministre Sabin ivrogne.

Picard ne fut ni découragé par cet insuccès, ni ralenti dans sa verve, chaque jour plus entraînante et plus gaie, par la gravité, disons mieux, par la terreur des événements. Moins on riait, plus il tâchait de faire rire. En 1793, cette année d'épouvante et de guillotine, il ne donna pas moins de cinq pièces : une ici, l'autre là. Ce

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fat d'abord au mois de février, le Conteur, ou les Deux poêtesy trois actes en prose au Thé&tre-Français, dont le succès très éclatant s'est maintenu chaque fois que la pièce a été reprise; puis au Vaudeville de la rue de Chartres, Arlequin friand, joué le 24 mai, et très applaudi, ce qui pourtant ne lui fit pas trouver grâce devant son auteur : Picard ne l'a jamais repris dans ses oeuvres. Au théâtre de la Cité, Vancienne église Sainl-Barlhélemy. en face du Palais, il ûi représenter — car toute scène où ou le jouait lui était bonne — le Cousin de tout le monde^ petit acte en prose, qui reçut le meilleur accueil ; et une pièce de circonstance : la Première réquisition, qui passa, sans faire d'autre bruit que celui de ses tambours.

Il avait commencé cette terrible année au Théâtre- Français, il y revint, lorsqu'elle allait finir, avec deu\ pièces encore, pour lesquelles, il est vrai, Alexandre Duval l'avait aidé. C'étaient la Moitié du Chemin en trois actes et en vers, qui réussit assez bien, grâce aux acteurs surtout : Dugazon, Grandménil et Michot ; et la Vraie bravoure, petite pièce contre le duel, que Picard ne daigna pas ramasser pour ses œuvres, mais que Duval, moins négligent ou moins riche, a réuni aux siennes.

L*an qui suivit les revit encore ensemble. Ils donnèrent, le 4 février 1794, à « FOpéra-Comique national de la rue Favart, » avec une assez faible partition de Lemierre de Corvey, une imitation chantée du Zadig de Voltaire sous ce titre singulier : Andros ou les Français ù Bassora. Puis ils se séparèrent.

Toulon avait été repris aux Anglais. Il fallait partout chanter cette victoire. Les chanteurs de Feydeau voulaient une pièce, ceux de Fayart en réclamaient une autre, Duval et Lemierre s'exécutèrent pour ceux-ci ; Picard et Dalayrac furent bientôt prêts comme le désiraient ceux-là, et les deux opéras-comiques purent marcher de compagnie. Le succès le plus vif fut pour celui de Duval, quoiqu'il y eût dans la pièce de Picard plus d'une scène à grand effet comique, qui alors Tamusèrent tout le premier, mais dont il ne se vanta pas plus tard.

Lorsqu'aux premiers jours de la Restauration, par exemple, il offrit à Louis XVIII un exemplaire de ses œuvres, La Prise de Toulon y fut prudemment oubliée. Sa plus vive crainte était môme que quelqu'un vint à se souvenir des scènes dont nous parlions, où il faisait faire fort triste mine aux voltigeurs de Coblenlz, et infligeait une fatuité des plus ridicules au comte d'Artois tenant

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eonsell sar le roc de Toulon, pour savoir s'il ferait son entrée à Paris, en carrosse, ou à cheval.

Le patriotisme, chaque fois qu^on lui parlait de son répertoire de la Révolution, de son Théâtre républicain — c'est le titre qu*on lui donna, lorsqu'on 1831, on en fit la publication posthume — était l'excuse de Picard* Aussi n*en reniait-il pas les pièces. L*oubIi, que réclame d'ailleurs toute chose de circonstance, lorsque son moment est passé, était seulement ce qu*jl y demandait, mais, je le répète^ il n'allait pas jusqu*à en renier quoi que ce fût. Il a même écrit à propos de ce temps : « L'anleur alors puisait sa verve autour de lui ; on respirait l'enthousiasme... » et ceci encore : « A cette époqae, lorsque la France marchait à la frontière, il fallait élecfriser les masses, et le théâtre rendit d'immenses services. Je me fais gloire d'avoir payé ma dette de citoyen.»

Il la paya encore par deux actualités à ariettes, dont Tune, Rose et Aurhle^ fut chantée au théÂtre Feydeau, et Tautre, V Ecolier en vacances, au thé&tre Favart.

Même alors, il n'était pas assez révolutionnaire pour admirer tout dans la Révolution : les événements et les mœurs. Souvent, et cela sans le cacher, il s'indigna des uns, et se moqua des autres. L'opéra-comique, les Sus^ pects^ qu'il fit avec Duval en 1793, ne manque pas d'un certain courage, et sa petite comédie, la Perruque blonde, qu'il avait tirée d'un conte d'Andrieux, est une assez vive satire contre la plus sotte des folles du moment. Les femmes la lui firent expier le premier soir. La pièce fut sifflée à outrance.

C'est au théâtre de la République qu'il l'avait fait Jouer. L'autre, les Suspects, avait été donnée sur une scène, où nous le retrouverons bientôt et pour longtemps : celle de ce charmant théAtre Louvois, qui existe encore — simple magasin des décors de l'Opéra-Gomique — dans la rue dont il porte le nom, et qui, après bien des vicissitudes en quatre années seulement, depuis le 16 août 1791, Jour où on l'avait ouvert, s'appelait alors Théâtre Lyrique des amis de la Patrie,

Picard, avant d'y arriver pour la période la plus active «t la plus glorieuse de sa vie dramatique, fera Jouer encore, en 1795, au théâtre de la République : les Amis de collège, ou l'Homme oisif et l'artisan ; et au théâtre Feydeau, les Conjectures,

Ce sont deux comédies en vers, dont, pour l'une comme pour l'autre, le suoeès fût douteux. Le premier

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