ACTE II, SCENE V
Claudia. — Moins que tu ne le^crains, peut-être,
odoard. — Moins que je ne le crains... cela m'est, je t'assure, tout à fait égal...
claudia. — Ne t'ai-je pas dit que le prince a vu notre fille ?
odoard. — Il a vu notre fille ! et comment ?
claudia. — A la dernière fête du chancelier Grimaldi; le prince l'honora de sa présence... et témoigna tant de bontés à Emilie...
odoard. — Tant de bontés !...
claudia. — Il causa longuement avec elle...
odoard. — Le prince causa avec Emilie!...
claudia. — Oui, sans doute; et il fut si enchanté de son naturel et de son esprit...
odoard. — Si enchanté !...
claudia. — Il s'exprima avec tant d'enthousiasme pour sa beauté !...
odoard. — Pour sa beauté!... et toi-même tu me dis toutes ces choses avec tant d'enchantement... 0 Claudia, ô mère vaine et inconséquente !...
claudia. — Et pourquoi?
odoard. — Je me tais;... tout a bien fini. Ah! quand je me représente cependant... Voilà l'endroit où mon cœur a de quoi être mortellement blessé ! Un libertin qui admire, qui convoite! Claudia ! Claudia !... cette seule pensée me met hors de moi... Tu aurais dû m'en faire part à l'instant... Mais je ne voudrais pas te dire une parole dure, et je le ferais si je restais. {Claudia lui prend la main.) Laisse-moi, Claudia! laisse-moi! Dieu vous garde!... faites bon voyage !