‹ Théâtre choisi de Lessing et de KotzebueChapitre 121 sur 442 · ODOARD, CLAUDIA GALOTTI, PIRRO · texte numérisé non relu

ODOARD, CLAUDIA GALOTTI, PIRRO

odoard. — Elle tarde trop longtemps.

Claudia. — Encore un instant, Odoard.-.. elle s'affligera de ne t' avoir pas vu.

odoard. — Je veux encore passer chez le comte... Digne jeune homme, je suis pressé de le nommer mon

fils... Tout me plaît en lui, et surtout le projet de se retirer dans le domaine de ses pères, et d'y vivre pour lui...

Claudia. — Mon cœur se brise à cette pensée... Ainsi elle sera perdue pour nous, cette chère enfant, notre unique entant.

odoard. — Que dis-tu ?... Est-ce perdre notre enfant que de la laisser dans les bras de l'amour? Que son bonheur passe avant tes plaisirs, Claudia. Prends garde de réveiller d'anciens soupçons. Tu as voulu rester ici avec elle, vous séparer d'un père et d'un époux qui vous aime. J'ai craint souvent, tu le sais, que le tumulte et les distractions du monde, le voisinage de la cour n'eussent plus de part à cette résolution que le désir de soigner l'éducation d'Emilie...

Claudia. — Tu es injuste, Odoard; mais ta vertu sévère peut-elle encore aujourd'hui accuser cette ville et le voisinage de la cour ?... N'est-ce pas ici seulement que l'amour pouvait unir les cœurs qu'il avait formés l'un pour l'autre? Ici seulement le comte pouvait rencontrer Emilie, et il l'a trouvée.

odoard. — J'en conviens; mais, chère Claudia, es-tu justifiée parce que la fin te donne raison?... Félicitonsnous qu'Emilie ait échappé aux dangers de la ville, et n'attribuons pas à la prudence ce qui n'est dû qu'à la fortune... Enfin nous voici heureusement au port... Ils se sont trouvés, ceux qui étaient destinés l'un à l'autre. Laissons-les fuir ensemble dans le séjour de l'innocence et du repos... Que ferait ici le comte? il apprendrait la flatterie et la bassesse, il disputerait aux Marinelli le prix dans cette noble carrière. El pour quel but ? pour amasser des biens dont il n'a pas besoin, des honneurs au-dessous de lui... Pirro.

pirro. — Me voici.

odoard. — Conduis mon cheval devant la porte du comte ; je te suis... je partirai de là... [Pirro sort.) Pourquoi le comte servirait-il ici, quand il peut commander chez lui ? D'ailleurs ne vois-tu pas, Claudia, qu'il se perd à la cour par son mariage avec ma tille?... Le prince me déteste.

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