‹ Théâtre choisi de Lessing et de KotzebueChapitre 133 sur 442 · ACTE II, SCENE X. 1G · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE X. 1G

appiani. — Je ne saurais partir aujourd'hui, ni même demain, ni même après-demain.

mabinelli. — Vous vous moquez, monsieur le comte!

appiani. — De vous?... l'oserais-je?...

mabinelli. — Je dois le croire: car, si c'était du prince, la gaieté pourrait paraître excessive. Vous ne pouvez pas?

appiani. — Non, monsieur, non ; et j'espère que le prince lui-même trouvera mes excuses satisfaisantes.

mabinelli. — Je suis curieux de les connaître.

appiani. — Oh! peu de chose; cela vous paraîtra sans doute une bagatelle... Mais, voyez-vous, c'est qu'aujourd'hui même je me marie.

mabinelli. — Ah ! ah ! et ensuite?

appiani. — Ensuite.., ensuite?... Votre question est assurément d'une innocence admirable...

mabinelli. — Mais il y a des exemples, monsieur le comte, que des noces aient été différées... Je conçois que des amants empressés n'y trouvent pas leur compte;... la chose peut, je le sens, avoir sa contrariété... J'imagine cependant que l'ordre d'un maître...

appiani. — L'ordre d'un maître !... Ce mot peut être contesté quand il s'agit d'un souverain qu'on s'est choisi. Je conviens que vous deviez au prince de Guastalla une soumission sans limites... Il n'a pas sur moi les mêmes droits... Je suis venu volontairement à sa cour, j'ai ambitionné l'honneur de le servir, non pas celui d'être son esclave, je suis né sujet d'un prince plus puissant.

mabinelli. — Plus ou moins puissant, un maître est toujours maître.

appiani. — Sur ce point nous n'aurons ensemble aucune discussion; il suffit que vous disiez au prince ce que vous avez entendu. Je regrette de ne pouvoir accepter l'honneur qu'il a daigné me destiner, parce qu'aujourd'hui même je forme une union qui assure le bonheur de ma vie.

mabinelli. — Et ne voulez-vous pas, par la même occasion, lui taire connaître le nom de la personne à laquelle vous vous unissez?

appiani. — Elle se nomme Emilie Galotti.

marinelli. — La fille de cette maison?... appiani. — Précisément.

MARINELLI. — Oh I olî!...

appiani. — Que vous plaît-il?

marinelli. — Je pensais, d'après le nom de votre fiancée, qu'il ne serait pas difficile de différer la cérémonie jusqu'à votre retour.

appiani. — La cérémonie?... seulement la cérémonie?...

marinellt. — Les bons parents ne seront pas sans doute trop susceptibles?...

appiani. — Les bons parents?...

marinelli. — Et la main d'Emilie vous restera très-certainement assurée.

appiani. — Très-certainement... Très-certainement aussi, vous n'êtes qu'un vrai singe.

marinelli. — Est-ce à moi que vous parlez, comte?

appiani. — Et à qui donc?...

marinelli. — Par le ciel et l'enfer vous m'en rendrez raison!...

appiani. — Bah! Le singe est un animal sournois, mais...

marinelli. — Par le ciel et l'enfer je vous demande satisfaction!...

appiani. — Point de difficulté...

marinelli. — Je la prendrais à l'instant même, mais je ne veux pas gâter le bonheur d'un tendre fiancé.

appiani. — Excellent homme! ne vous faites pas violence. (// lui prend la main.) Je ne saurais à la vérité me laisser envoyer à Massa, mais j'ai du temps de reste pour faire une promenade avec vous. Venez, venez!

marinelli. — Patience, comte, patience!

(Il se dégage et sort.)

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