‹ Théâtre choisi de Lessing et de KotzebueChapitre 139 sur 442 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

LE PRINCE, MARINELLI.

le prince. — Elle vient, je l'aperçois dans la grande allée... Elle court devant votre valet;... la peur lui donne des ailes. Sans doute, elle ne soupçonne rien, elle croit échapper à des voleurs; mais combien son erreur peutelle durer?

marinelli. — La voilà entre vos mains; n'est-ce pas un bon commencement ?

le prlnce. — Sa mère ne viendra-t-elle pas la chercher? En ce moment même, le comte ne court-il pas après elle? Que ferons-nous, comment la soustraire à leur poursuite?

marinelli. — Je ne saurais répondre d'avance à toutes les difficultés que vous pourrez imaginer. Nous verrons à mesure qu'elles se présenteront. Patience, monseigneur: il fallait faire le premier pas.

le prince. — A quoi bon, s'il faut reculer ensuite?

marinelli. — Mais peut-être ne reculerons-nous pas; tous les hasards ne sont pas contre nous. Vous oubliez d'ailleurs le plus puissant de vos auxiliaires.

le prince. — Je n'ai assurément rien oublié, car je n'ai encore pensé à chose au monde... Et cet auxiliaire tout-puissant, quel est-il?

marinelli. — L'art de plaire, de persuader... Cet auxiliaire manqua-t-il jamais à un prince amoureux?

le prince. — Il manque toujours, au contraire, alors qu'on attache le plus de prix à réussir... Aujourd'hui même, j'en ai fait la triste expérience; toutes mes instances, toutes mes protestations n'ont pu arracher d'elle une seule parole... Elle était devant moi, interdite,... tremblante,... les yeux baissés, comme un criminel qui attend son arrêt de mort... Son trouble m'a gagné;... je tremblais comme elle : j'ai fini par lui demander pardon;... à peine oserai-je à présent lui parler de nouveau... Je veux au moins éviter son premier regard... Vous la recevrez, Marinelli; j'écouterai dans la pièce voisine, je juge-

rai de ses dispositions, et je me présenterai quand je serai „ plus maître de moi...

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