ACTE I, SCENE I
daya. — Voilà comme vous êtes, pourvu que vous puissiez donner! vous ne faites que donner!
natiian. — Accepte aussi volontiers que j'offre, et taistoi.
daya. — Tais-toi I Qui jamais a mis en doute, Nathan, que vous fussiez l'honnêteté, la générosité même? Et pourtant...
NATHAN. — Pourtant, je ne suis qu'un Juif. — N'est-ce pas, c'est cela que tu voulais dire?
daya. — Ce que je voulais dire, vous le savez mieux que moi.
nathan. — Hé bien ! tais-toi.
daya. — Je me tais. Que ce qu'il y a de punissable devant Dieu, et que je ne puis empêcher... que je ne puis empêcher, que je ne puis.. ..que cela retombe sur vous!
nathan. — ... Retombe sur moi !... Où est-elle donc? qui la retient? — Daya, si tu m'avais trompé? Sait-elle donc que je suis de retour?
daya. — Je vous le demande ! Ses nerfs tremblent encore de frayeur; son imagination est encore toute remplie de flammes, et ne se représente que flammes ; dans le sommeil son âme veille, et dort lorsqu'elle est éveillée; tantôt au-dessous de la brute, tantôt au-dessus d'un ange.
nathan. — Pauvre enfant! qu'est-ce que de l'homme?
daya. — Ce matin, elle est restée longtemps les yeux fermés et comme morte; tout à coup, elle s'est relevée et a crié : « Écoutez, écoutez, voici venir les chameaux de « mon père; écoutez, c'est sa douce voix. » Cependant,' son œil s'est refermé, et sa tête, que son bras ne soutenait plus, est retombée sur le coussin. Je m'élance à la porte... et je vois, c'est vous, en effet, qui arrivez! c'est vous qui arrivez! Quelle merveille! son âme tout entière n'avait été, durant ce temps-là, qu'avec vous... et avec lui.
nathan. — Avec lui? qui, lui?
daya. — Avec lui, qui l'a sauvée du feu.
nathan. — Qui est cela? qui? où est-il ? qui m'a sauvé ma Recha? qui?
daya. — Un jeune templier, que peu de jours aupara-
vaut on a amené prisonnier ici, et qui a trouvé grâce devant Saladin.
natiiax. — Comment? un templier à qui le sultan Saladin a Laissé la vie! Il ne fallait pas un moindre miracle pour sauver ma Recha! Dieu !
paya. — Sans lui, qui a bravement risqué cette vie conservée d'une manière inespérée, c'en était fait d'elle.
NATHAN*. — Où est-il, Daya, cet homme généreux? où est-il? conduis-moi à ses pieds. >"e lui avez-vous point donné d'abord les trésors que je vous avais laissés? ne lui avez-vous point tout donné et promis encore davantage, beaucoup davantage ?
daya. — Comment Y aurions-nous pu?
natiian. — Quoi! rien, rien?
daya. — Il vint, personne ne sait d'où; il s'en alla, personne ne sait où. Sans aucune connaissance de la maison, guidé seulement par les cris qu'il entendait, son manteau flottant au vent, il s'est intrépidement élancé, parmi la flamme et la fumée, vers la voix qui nous appelait au secours. Nous le tenions déjà pour perdu, lorsque tout à coup nous l'avons vu, devant nous, hors de la fumée et des flammes, la portant d'un bras vigoureux. Froid, et sans être ému de nos cris de reconnaissance, il a déposé son fardeau à terre, s'est perdu dans la foule du peuplée! a disparu.
nathan. — Pas pour toujours, j'espère.
daya. — Quelques jours après nous l'avons vu se promener sous les palmiers qui ombragent le sépulcre du Sauveur; j'approchai de lui avec ravissement, je remerciai, je me répandis en louanges; je priai, je suppliai, pour qu'une fois seulement il vit la pieuse créai ure qui ne pouvait prendre de repos jusqu'à ce qu'elle eût répandu à ses pieds les larmes de la reconnaissance.
nathan. — Eh bien?
data. — Vraiment! il fut sourd à nos prières, et se répandit en railleries si amères, sur moi particulièrement...
Nathan. — Jusqu'à ce qu'enfin, intimidée...
data. — Rien moins. Je l'ai de nouveau cherché chaque jour, je l'ai chaque jour iaissi me railler de nouveau. Que