‹ Théâtre choisi de Lessing et de KotzebueChapitre 18 sur 442 · ACTE I, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE II

natiian. — Et quand ce ne serait qu'un homme, un homme tel que la nature en produit chaque jour, qui t'aurait rendu ce service, il devait être un ange pour toi; il devrait l'être et le serait.

recha. — Non, pas un pareil ange; non, un véritable, c'était certainement un ange véritable! Ne m'avez-vous pas appris vous-même la possibilité qu'il y eût des anges; et que Dieu pouvait faire des miracles en faveur de ceux qui l'aiment ? Et moi, je l'aime.

nathan. — Et il t'aime; et il fait pour toi et pour tes pareils des miracles à toute heure; oui, il en a, de toute éternité, fait pour vous.

RECiiA. — J'aime à l'entendre dire.

nathan. — Comment? parce qu'il paraîtrait tout à fait naturel, tout-à-fait ordinaire que ce fût un véritable templier qui t'eût sauvée, en serait-ce moins un miracle? Le * plus sublime miracle, c'est que de vrais, de légitimes miracles puissent ainsi nous devenir familiers. Sans ces miracles habituels, un penseur se résoudrait difficilement à donner le nom de miracles à ce que les enfants appellent de ce nom , lorsque, pris par les yeux, ils poursuivent l'inaccoutumé et le nouveau «.

data, à Nathan. — Voulez-vous donc, par de telles subtilités, lui casser tout à fait la tète, qui n'est déjà que trop en travail ?

nathan. — Laisse-moi. Ne serait-ce pas un assez grand miracle pour ma Recha, que d'avoir été sauvée par un homme, qui, lui-même, pour être sauvé, avait eu besoin d'un miracle qui n'est pas petit? Certes, oui, ce n'est pas un petit miracle; car, qui avait jamais ouï dire que Saladin eût épargné un templier, que même un templier eût jamais demandé d'être épargné par lui, l'eût espéré; que le sultan lui eût jamais offert d'autre moyen de liberté que le ceinturon de cuir qui suspend son épée, ou tout au plus son poignard?

recha. — Cela prouve pour moi, mon père.... Voilà

1. Passage supprimé et remplacé par des points, dans la première traduction de 1783.

pourquoi ce n'éîait pas un templier; il n'en avait que l'apparence. Si aucun templier prisonnier ne vient à Jérusalem que pour y trouver une mort certaine, si aucun ne s'y est jamais promené en liberté, comment s'en serait-il trouvé un pour me sauver au milieu de la nuit?

natiian. — Voyez comme elle raisonne! Maintenant, Daya, prends la parole; je sais déjà de toi qu'il a été envoyé ici prisonnier; sans doute tu en sais davantage.

daya. — Eh bien oui, c'est ce qu'on dit ; mais on dit aussi que Saladin a fait grâce au templier, parce qu'il a trouvé qu'il ressemblait beaucoup à un de ses frères qu'il avait particulièrement aimé; mais comme ce frère est mort depuis plus de vingt ans, — il s'appelait je ne sais comment, il a péri je ne sais pas où, — tout cela paraît tellement incroyable, que dans tout ce récit il n'y a peutêtre rien de vrai.

nathan. — Comment, Daya, pourquoi cela serait-il donc si incroyable? Ne serait-ce pas, et en effet cela arrive souvent, parce que tu aimerais mieux croire quelque chose de plus incroyable encore? Pourquoi Saladin, qui aime toute sa famille, n'aurait-il pas, dans sa jeunesse, aimé particulièrement un de ses frères? N'a-t-on jamais vu deux visages se ressembler? Une impression ancienne est-elle donc perdue? une cause semblable ne produitelle plus un effet semblable? Depuis quand? Où y a-t-il donc de l'incroyable en tout ceci? Il est vrai, sage Daya, qu'il n'y aurait plus de miracle pour toi. Et pour loi, ce sont tes miracles seulement qui exigent, qui méritent, voulais-jc dire, d'obtenir croyance.

daya. — Vous vous moquez.

nathan. — Parce que lu le moques de moi. Et cependant, Recha, ton salut n'en demeure pas moins un miracle, possible seulement ii celui pour qui les plus fermes résolutions, les plus impétueux desseins des rois, ne sont qu'un mécanisme, ou même qu'un jeu qu'il dirige par le til le plus faible.

recha. — .Mon père! Si je me trompe, mon père, vous savez que ce n'esl pas volontairement que je me trompe.

natiian. — Bien plus,xtu te laisses éclairer. Écoute:

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