‹ Théâtre choisi de Lessing et de KotzebueChapitre 190 sur 442 · ACTE II, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE I

minna. — Tous les officiers ne sont pas des Tellheim. A dire vrai, je ne lui ai fait faire des excuses aussi que pour avoir occasion de m'informer de celui-ci. — Francisca. mon cœur me dit que mon voyage sera heureux; que je îe découvrirai.

francisca. — Votre cœur, chère demoiselle? il ne faut pas trop se fier à son cœur. Le cœur nous parle très-volontiers d'après la bouche; si la bouche était aussi disposée à parler d'après le cœur, la mode. ne tarderait pas à venir de porter un cadenas à la bouche.

minna. — Ah! ah! ah! un cadenas à la bouche! la mode me plairait beaucoup.

francisca. — Il vaudrait mieux ne pas montrer les plus belles dents, que de laisser atout moment sauter son cœur par-dessus.

minna. — Quoi! es-tu si réservée?

francisca. — Non, chère demoiselle; mais je voudrais . pouvoir l'être davantage. On parle rarement des vertus qu'on a, et bien souvent de celles qui nous manquent.

minna. — Vois-tu, Francisca? tu viens de faire là une excellente remarque.

francisca. — Je l'ai faite, dites-vous? Fait-on quelque chose qui vient ainsi de soi-même?

minna. — Et sais-tu pourquoi particulièrement je la trouve si bonne? C'est qu'elle a beaucoup de rapport avec mon cher Tellheim.

francisca. — Et, avec vous, quelle remarque ne se rapporterait pas à lui!

minna. — Amis et ennemis conviennent que c'est l'homme du monde le plus brave; et qui lui a jamais entendu parler de bravoure? Il a le cœur le plus loyal; et cependant loyauté et générosité sont des mots qu'on n'entend jamais sortir de sa bouche.

francisca. — De quelles vertus parle-t-il donc? minna. — Il ne parle d'aucune, car aucune ne lui manque.

francisca. — Voilà ce'que j'attendais.

minna. — Attends, Francisca, je me rappelle quelque

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chose : il parle très-souvent d'économie. En confidence, Francisca, je crois que c'est un dissipateur.

francisca. — Encore quelque chose, mademoiselle : je l'ai très-souvent entendu vanter aussi sa fidélité et sa constance pour vous ; si ce monsieur dès lors était un volage?

minna. — Ah ! malheureuse! — Mais le penses-tu sérieusement, Francisca"?

francisca. — Combien y a-l-il déjà de temps qu'il ne vous a écrit?

minna. — Ah! depuis la paix, il ne m'a écrit qu'une seule fois.

francisca. — Encore un soupir à l'endroit de la paix! A merveille! la paix devrait seulement remédier au mal que la guerre a causé, mais elle détruit aussi le bien que celle-ci peut-être permettait d'espérer. La paix ne devrait pas être si bizarre. — Et combien y a-t-il que nous l'avons? Le temps me paraît bien long quand il produit si peu de nouvelles; en vain la poste arrive-t-elle exactement; personne n'écrit : c'est que personne n'a rien à écrire.

minna. — Nous avons la paix, m'a-t-il mandé; et j'approche de l'accomplissement de mes vœux. Mais ne m' avoir écrit qu'une fois!...

francisca. — Mais nous forcer d'aller nous-mêmes au-devant de cet accomplissement! Que nous le découvrions seulement, il nous payera cela. — Mais cependant, s'il avait accompli d'autres vœux? et si nous allions apprendre ici...

minna,- vivement et avec inquiétude, — Qu'il soit mort?

francisca. — Pour vous, mademoiselle. — C'est-à-dire que dans les chaînes d'une autre...

minna. — Lutin que tu es! — Mais patience, Francisca, il aura son tour! — Continue de discourir, sans quoi nous nous rendormirions. Son régiment devait être licencié à la paix; qui sait dans quel embarras de comptes, de révisions, il se trouve engagé? qui sait dans quel autre régiment, dans quelle province lointaine ii se trouve relégué Qui sait quelles circonstances?... — On frappe.

FRANCISCA. — Entre/.

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