‹ Théâtre choisi de Lessing et de KotzebueChapitre 210 sur 442 · SCÈNE IV WERNER, L'HOTE, FRANCISCA · texte numérisé non relu

SCÈNE IV WERNER, L'HOTE, FRANCISCA

werner. — Le voilà.

francisca, à l'hôte. — Cent pistoles! je croyais que c'était quatre-vingts.

l'hôte. — Oui, ce n*est que quatre-vingt-dix, quatrevingt-dix seulement. Mais voilà ce que je ferai, ma belle enfant, voilà ce que je ferai.

francisca. — Tout cela s'arrangera, monsieur l'hôte.

werner, s approchant derrière Francisca et lui frappant sur l'épaule. — Petite ! petite !

francisca, effrayée. — Eh!

werner. — N'ayez pas peur. — Je vois que vous êtes jolie, ma petite, et de plus étrangère, et les jolies étrangères ont besoin que les gens leur donnent des avis. Ma petite, ma petite, défiez-vous de cet homme.

(Il indique l'hôte.)

l'hôte. — Oh! joie inattendue. Monsieur Paul Werner! Soyez le bienvenu, soyez le bienvenu chez nous. Êtesvous toujours gai, toujours plaisant, honnête Werner? [A Francisca.) Vous méfier de moi, ma belle enfant, hé! hé! hé!

werner. — Évitez partout de vous trouver sur son chemin.

l'uôte. — M'éviter! Suis-je donc si dangereux? Ahf

268 MINNA DE HARNHELM.

ah! ah! voyez un peu, ma belle enfant; comment trouvezvous la raillerie?

berner. — C'est ainsi qu'ils prennent toujours pour raillerie la vérité qu'on leur dit.

l'hôte. — La vérité! Ah! ah! ah! — Pas vrai, ma belle enfant, que cela va de mieux en mieux? Moi, dangereux? Ce garçon entend la plaisanterie! — Moi. dangereux"? J'étais bien quelque chose comme ça, il y a vingt ans. Eh oui, eh oui, ma belle enfant, j'étais dangereux dans ce temps-là; on en parlait; mais à présent...

werner. — Oh! le vieux fou!

l'hôte. — Et voilà justement ce que c'est; quand nous devenons vieux, nous cessons d'être dangereux : il ne vous en arrivera pas moins, monsieur Werner.

werner. — Le drôle ne finira pas. [A Francisca.) Mon enfant, vous pouvez bien penser que ce n'est pas de celte sorte de danger que je parle. Un diable a pu le quitter; mais sept autres se sont emparés de lui.

l'hôte. — Voyez donc, voyez donc, comme il sait tourner cela; piaisanterie sur plaisanterie, et toujours du nouveau. C'est un homme admirable que M. Paul Werner. [Bas à Francisca, mais de façon à être entendu.] Cel homme esl à son aise et encore garçon. Il possède à trois milles d'ici un joli petit bien, franc d'imposition. Il a fait du butin à la guerre et a été maréchal-di monsieur

notre major. Oh! c'est un ami de monsieur le major, un ami qui se ferait assommer pour lui.

werner. — Oh! et lui aussi esl un ami de monsieur le major, et un ami que monsieur le major devrait faire assommer.

l'hôte. - Comment, comment! ce n'esl pas là une bonne plaisanterie, monsieur Werner, non! Pas ami du major, moi:' Non, je n'entends pas cette plaisanterie.

werner. — Just m'a raconté de jolies choses.

l'hôte.. — Just? Je me doutais que c'était lui qui parlait par votre bouche: Just esl un mauvais sujet: mais voilà une belle enfant ici qui peut vous répondre. Mademoiselle peut dire si je ne suis pas un ami de monsieur le major, m je m: lui ai pas rendu de bons offices; et pour-

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