‹ Théâtre choisi de Lessing et de KotzebueChapitre 216 sur 442 · ACTE III, SCENE VII · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE VII

frappant du pied. — C'est... c'est que les cent thalcrs n'y soient pas tout entiers.

werner. — Eh bien, eh bien, monsieur le major, ne m'avez-vous donc pas compris?

tellheim. — Eh! c'est justement parce que je t'ai compris. Faut-il donc qu'aujourd'hui les hommes les meilleurs s'acharnent à me tourmenter!

werner. — Que dites-vous?

tellueim. — Cela ne te concerne qu'à demi [lui repoussant la main dont il présente ses ducats.) Laisse-moi, Werner.

werner. — Dès que je serai débarrassé de cela.

tellueim. — Werner, si je te disais que madame de Marlof est vem.e me voir elle-même de très-grand malin?

WERNER. — Ah!

tellueim. — Qu'elle ne me doit plus rien?

werner. — Vraiment?

tellueim. — Qu'elle m'a payé jusqu'au dernier sou. Que dirais-tu ?

werner, réfléchissant un instant. — Je dirais que j'ai menti, et que c'est une sotte chose que de mentir; car on peut être découvert.

tellueim. — El tu en serais honteux?

werner. — Mais celui qui me force ainsi à mentir, que doit-il être, lui? Ne devrait-il pas rougir aussi? Voyezvous, monsieur le major, si je disais que votre conduite ne me fâche pas, je mentirais encore, et je ne veux plus mentir.

tellueim. — Point de mauvaise humeur, Werner. Je connais ton cœur et tes sentiments pour moi; mais je n'ai pas besoin de ton argent.

werner. — Vous n'en avez pas besoin : vous aimez mieux vendre, engager; vous aimez mieux passer par la langue des gens.

tellueim. — Les gens finiront toujours par savoir que je n'ai plus rien. Il ne faut pas vouloir paraître plus riche qu'on ne l'est.

werner. — Mais pourquoi paraître plus pauvre? — Nous ne manquons point, tant que notre ami a quelque chose.

274 MINNA DE BARNHELM.

telliieim. — Il ne convient pas que je sois Ion débiteur.

werner. — Il ne convient pas? Quand un jour d'été, que le soleil et l'ennemi nous faisaient trouver plus ardent, votre domestique s'était égaré avec vos provisions, vous vîntes à moi et me dîtes : Werner, n'as-tu rien à me donner à boire? Je vous présentai ma gourde, n'est-ce pas? Vous la prîtes et vous mîtes à boire à même. Cela convenait-il? Sur ma pauvre âme, une gorgée d'eau croupie valait souvent mieux alors que toute cette ordure. (// tire sa bourse et les pièces d'or quil lui présente .) Prenez, mon cher major; figurez-vous encore que c'est de l'eau. Dieu a aussi fait cela pour l'usage de tous.

tellheim. — Tu me mets à la torture. Tu m'as entendu, je ne veux pas être ton débiteur.

werner. — D'abord cela ne convenait pas; maintenant vous ne voulez pas? Ohl c'est autre chose. (Avec un peu d'amertume.) Vous ne voulez pas être mon débiteur; mais si vous l'étiez déjà, monsieur le major? A moins que vous ne croyiez rien devoir à l'homme qui une fois reçut pour vous un coup dont vous eussiez eu la tête fracassée ; qui, une autre fois, abattit le bras qui dirigeait vers vous une arme prêle à faire feu, et allait vous faire passer une balle à travers la poitrine. Que pouvez-vous devoir de plus à cet homme? ou bien ma vie vaut-elle moins que ma bourse? Si c'est là penser noblement, sur mon âme! c'est penser bien sottement!

telliieim. — A qui parles-tu ainsi, Werner? Nous sommes seuls, je puis parler; si un tiers nous entendait, cela paraîtrait de la fanfaronnade : je reconnais avec plaisir que tu m'as deux fois sauvé la vie; mais aussi, à quoi a-t-il tenu que dans l'occasion j'en aie fait autant pour toi, hein?

werner. — L'occasion seule vous a manqué. Qui est-ce qui en doute, monsieur le major? Ne vous ai-je pas vu cent fois risquer votre vie pour le dernier soldat, quand il était en danger?

tellueim. — Eh bien?

werner. — .Mais...

tellheim. — Pourquoi ne m'enlends-lu pas? i$ Le dis

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