ACTE III. SCENE VII. 27o
qu'il ne convient pas que je sois ton débiteur; que je ne veux pas l'être, c'est-à-dire dans les circonstances où je me trouve.
werner. — Boni bon! vous voulez attendre un meilleur temps. Vous m'emprunterez de l'argent une autre fois, quand vous n'en aurez pas besoin, quand vous en aurez vous-même et que peut-être moi je n'en aurai pas.
tellheim. — On ne doit pas emprunter quand on ne sait pas comment on s'acquittera.
werner. — Un homme comme vous ne peut pas toujours être clans la gêne.
tellheim. — Tu connais bien le monde! — Encore moins doit-on emprunter à celui qui a lui-même besoin de son argent.
werner. — Et je suis celui-là ! En quoi en ai-je besoin? Partout où il faut un maréchal des logis, on lui donne de quoi vivre.
tellheim, — Tu en as besoin pour devenir plus que maréchal des logis, pour l'avancer dans une carrière où le plus digne peut rester en arrière faute d'argent.
werner. — Pour devenir plus que maréchal des logis! Je n'y pense pas. Je suis un bon maréchal des logis, je ferais facilement un mauvais officier, et plus facilement un mauvais général. On en a l'expérience.
tellheim. — Ne me fais pas prendre une mauvaise opinion de toi, Werner; je n'ai pas entendu avec plaisir ce que m'a dit Just : tu as vendu ton bien, et veux recommencer à courir le inonde. Ne me donne pas lieu de croire que ce n'est pas tant le métier des armes que tu aimes, que la manière de vivre désordonnée et tumultueuse qui malheureusement y est attachée. Il faut être soldat pour son pays, ou par amour de la chose pour laquelle on prend les armes; mais servir sans but, aujourd'hui ici, demain là, j'appelle cela rôder en valet de boucherie, et pas davantage.
werner. — Eh bien donc, monsieur le major, je veux suivre votre avis. Vous savez mieux que moi ce qui est convenable, je veux demeurer auprès de vous; mais, mon cher major, prenez ceci en attendant, il faut qu'un jour
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ou l'autre votre affaire finisse. Vous recevrez une quantité d'argent; vous me le rendrez alors avec les intérêts. Je ne le fais qu'à cause des intérêts.
tellheim. — Ne me parle plus de cela.
werner. — Sur mon âme, je ne le fais que pour en tirer des intérêts! Quand parfois il m'est arrivé de me dire a part moi : que deviendras-tu dans ta vieillesse quand tu n'auras plus rien, et qu'il te faudra aller mendier? quand tu ne seras plus qu'un pauvre estropié? je me répliquais alors : Non, tu n'iras pas mendier; lu iras chez le major Tellheiin qui partagera avec loi son dernier liard, qui le soutiendra jusqu'à ton dernier jour, chez lequel lu mourras en honnête garçon.
tellueim, saisissant la main de Werner. — Ami, est-ce que tu ne penses plus ainsi?
wekner. — Non, je ne pense plus ainsi! Celui qui ne veut rien prendre de moi quand il a besoin, et que j'ai de quoi le tirer d'embarras, celui-là ne me donnera rien non plus quand je serai dans la peine. — Tout est dit.
(Il va pour sortir.)
tellheim, l'arrêtant. — Werner, ne me pousse pas à bout. Où veux-tu aller? Si je t'affirme sur mon honneur que j'ai encore de l'argent; si sur mon honneur je le promets de te dire quand je n'en aurai plus; que lu seras le premier, le seul à qui je m'adresserai... beras-lu content?
wekner. — Et puis-je ne l'être pas? Donnez-moi donc votre main, monsieur le major.
TLi.LUEiM. — Paul! la voilà. — Mais c'en est assez. Je viens ici pour parler à une certaine tille...