ACTE IV, SCÈNE VI
tellheim. — Ah ! le lieutenant iliccaut?
minna. — lia assuré qu'il était votre ami...
tellheim. — Et moi, j'assure que je ne suis pas le sien.
minna* continuant. — Et que je ne sais quel ministre lui avait confié que votre affaire était sur le point d'avoir le plus heureux résultat; qu'une lettre de la main du roi était expédiée pour vous...
tellheim. — Comment Riecaut et un ministre vont-ils ensemble ? — Il faut cependant qu'il se soit passé quelque chose de relatif à mon affaire; car le payeur général de la guerre vient de m' apprendre que le roi avait rapporté ce qui avait été arrêté provisoirement contre moi, et que je pouvais retirer la parole d'honneur que j'avais donnée, par écrit, de ne point m'éloigner d'ici que je ne fusse entièrement acquitté. — Mais probablement ce sera tout : on me , permettra volontiers d'errer dans le monde. On se trompe, je ne bougerai pas. La misère la plus extrême me dévorera | ici, aux yeux de mes calomniateurs, avant que...
minxa. — Homme inflexible...
tellheim. — Je n'ai pas besoin de grâce; c'est justice que je veux. Mon honneur...
minna. — L'honneur d'un homme comme vous...
tellheim, avec chaleur. — Non, chère Minna, vous pouvez juger d'autre chose, mais non de celle-là. L'honneur n'est pas la voix de notre conscience, n'est pas le témoignage de quelques personnes équitables...
minna. — Non, non., je le sais trop : l'honneur, c'est... l'honneur.
tellheim. — Bref, mademoiselle... vous ne m'avez pas laissé achever. Je voulais dire que si l'on me refuse aussi indignement ce qui m'appartient; que si mon honneur n'obtient pas la satisfaction la plus complète, alors je ne puis être à vous, chère Minna; car je n'en serais pas digne aux yeux du monde. Mademoiselle deBarnhelm mérite un époux sans reproche. C'est un indigne amour que celui qui n'a aucun souci d'attirer le blâme sur l'objet aimé. C'est un homme indigne que celui qui ne rougit pas de devoir tout son bonheur à une femme dont la tendresse aveugle...
300 MINNA DE BARNHELM.
minna. — Et vous dites cela sérieusement, monsieur le major? [Elle lui tourne le dos brusquement.) Francisca!
tellueim. — Ne vous offensez point, mademoiselle.
minna, basa Francisca. — Voilà le moment, Francisca; que me conseilles-tu?
francisca. — Je ne conseille rien; mais franchement il vous tourmente un peu trop.
tellueim, l'interrompant. — Vous êtes fâchée, mademoiselle!
minna, avec dépit. — Moi, pas le moins du monde.
tellueim. — Si je vous aimais moins, mademoiselle...
minna, du même ton. — Oh! certainement! cela ferait mon malheur. — Or voyez-vous, monsieur le major, je ne veux pas votre malheur non plus. Il faut aimer d'une façon tout à fait désintéressée; il est bon que je n'aie pas été plus sincère, votre pitié m'eût , peut-être accordé ce que me refuse votre amour.
(Elle tire lentement l'anneau de son doigt.)
tellueim. — O !c voulez-vous dire par là, mademoiselle ?
minna. — Non, nous ne devons pas nous rendre malheureux, l'un par l'autre; ainsi le veut le véritable amour. Je vous en crois, monsieur le major, et vous avez beaucoup trop d'honneur pour méconnaître l'amour.
tellueim. — Plaisantez-vous, mademoiselle?
minna. — Tenez, reprenez l'anneauque vous me donnâtes autrefois, comme gage de votre fidélité. (Elle lui donnefanneau.) Que tout soit dit, et soyons, l'un à l'égard de l'autre, comme si nous ne nous étions jamais vus.
tellueim. — Qu'entcnds-je-!
minna. — Et cela vous ('tonne? — Prenez, monsieur. — Si ce n'est pas seulement un jeu de prude de votre part.
tellueim, prenant l'anneau de sa main. — Grand Dieul ri Minna peut parler ainsi ?
minna. — Vous ne pouvez pas ôtre à moi dans un certain cas; moi, je ne puis être à vous dans aucun. Voire malheur est probable, le mien est certain. [Elle va pour sortir.) Adieu, monsieur.
tellueim. — Où allez-vous, ma chère Minna?