‹ Théâtre choisi de Lessing et de KotzebueChapitre 26 sur 442 · ACTE I, SCENE V · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE V

le moine. — Il a conclu de là que Dieu doit vous réserver pour de grandes choses, de très-grandes choses.

le templier. — Oui, pour de grandes choses f Pour sauver du feu une jeune fille juive, pour conduire au Sinaï les pèlerins curieux, et autres choses pareilles.

le moine. — Cela viendra bientôt; ce n'est déjà pas mal commencer. Peut-être le patriarche destine -t- il Votre Seigneurie à des affaires plus importantes.

le templier. — Ah ! que voulez-vous dire, mon frère? Vous l'a-t-il déjà laissé apercevoir?

le moine. — Oh ! oui bien. Je dois seulement sonder Votre Seigneurie, pour voir si elle est l'homme qui convient.

le templier. — Eh bien, vous n'avez qu'à me sonder. (Je verrai comment il me sondera.) Hé bien?

le moine. — Le plus court serait que je vous expliquasse tout bonnement le désir du patriarche. le templier. — A la bonne heure. le moine. — Il voudrait bien faire remettre une petite lettre par Votre Seigneurie.

le templier. — Par moi? Je ne suis pas un porteur de messages. Serait-ce là cette affaire beaucoup plus glorieuse que de sauver du feu une fille juive?

le moine. — Il faut bien : « Car, disait le patriarche, « cette lettre intéresse grandement toute la chrétienté. « Avoir fidèlement remis cette lettre, disait le patriarche, « méritera de Dieti un jour dans le ciel une couronne par- « ticulière; et personne, disait le patriarche, n'est plus « digne de cette couronne que Votre Seigneurie. » le templier. — Que moi?

le moine. — « Car, disait le patriarche, il serait fort « difficile d'employer, à mériter cette couronne, un autre « messager que Sa Seigneurie. »

le templier. — Que moi?

LE moine. — « Il est libre ici; il peut tout examiner; il « sait comment on attaque et l'on défend une ville; il « peut, disnit le patriarche, apprécier tout au juste le fort « et le faible de ce double mur intérieur récemment court struit par Saladin, et en transmettre, disait le patriar-

« che, la description détaillée aux défenseurs de Dieu. »

le templier. — Bon frère, je voudrais cependant savoir un peu mieux le contenu de cette lettre.

le moine. — Oui, c'est que.... je ne sais pas cela aussi bien; mais la lettre est pour le roi Philippe. Le patriarche... Je me suis souvent étonné qu'un si saint homme, qui vit entièrement dans le ciel, pût en même temps être si bien informé des choses de ce monde ; cela doit lui être pénible.

le templier. — Eh bien ! le patriarche ?

le moine. — Il sait fort exactement, avec toute certitude, comment, où, avec quelles forces, de quel côté Saladin, si l'occasion venait à s'en renouveler, ouvrirait la campagne.

le templier. — Il sait cela?

le moine. — Oui, et il voudrait bien le faire savoir au roi Philippe, qui par là pourrait à peu près calculer si les périls sont assez effrayants pour renouer à tout prix une trêve que votre ordre a si bravement rompue.

le templier. — Quel patriarche !.. . Ah f oui, ce cher brave homme ne veut pas faire de moi un simple messager; il veut faire de moi.... un espion. Dites a votre patriarche, mon bon frère, qu'autant que vous avez pu me sonder, ce n'est pas là mon fait ; que je dois me regarder encore comme prisonnier; et que l'unique vocation d'un templier, c'est de combattre avec l'épée, et non pas de s'employer à des artifices.

le moine. — C'est ce que je pensais... Cela ne peut en aucune façon faire tort à Votre Seigneurie. — Mais voici maintenant le meilleur.... Le patriarche a récemment découvert comment se nomme, et où est situé sur le mont Liban le fort dans lequel sont cachées de si immenses sommes, et avec lesquelles le père prudent de Saladin solde son armée et paye tous les préparatifs de la guerre ; Saladin se rend de temps en temps à ce fort par des chemins détournés, et à peine accompagné... Vous comprenez?

le templier. — Jamais.

le moine. — Ne serait-il pas bien facile de se rendre

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