Zimmermann : De la Solitude. — Voici le passage textuel
« Toutes nos passions nous accompagnent dans la solitude ; la moindre maladie de l'esprit y devient plus grave, parce qu'on s'y représente continuellement et vivement ce qui est ou ce qui était. Là on n'oublie rien, toutes les plaies se rouvrent, et le poignard ne se couvre jamais de rouille. »
2. Le texte allemand joue sur le mot bonjour : « Fiwiçois. Dieu te le donne (c'est-à dire te donne V heureux jour, le bonheur). — Le Vieillard. Il me l'a donné. » Au lieu de ces deux répliques, l'ancien texte porte : « François, à L'Inconnu... Et cependant il remercie Dieu du peu de jouissances qu'il éprouve. — L'Inconnu. Parce que l'espérance le conduit encore à la lisière. — François. Tant mieux! l'espérance est la nour-
François. — Bonne chance, vieux! Tu l'as échappé belle à la mort.
le vieillard. — Une femme charitable a prolongé ma vie.
François. — Heinf tu es déjà un vieux compère?
le vieillard. — J'ai plus de soixante-dix ans.
François. — Tu devrais le plaindre de ta guérison.
le vieillard. — Me plaindre?
François. — La mort n'est pas un mal pour le malheureux.
le vieillard. — Suis-je donc malheureux? Est-ce que je ne jouis pas de cette belle matinée? Ne suis-je pas bien portant? Croyez-moi, monsieur, un convalescent respirant pour la première fois l'air pur est un homme bien heureux.
François. — Pour combien de temps ?
le vieillard. — Il est vrai qu'on s'y habitue aisément : beaucoup moins cependant à mon âge. On devient avare de sa santé. On n'avale plus un verre de vin d'un trait, on le boit à petites gorgées. lien est ainsi de la joie. Oui, j'ai bien souffert dans ce monde et je souffre encore; maisje n'en mourrais pas plus volontiers. Lorsque mon père, il y a quarante ans, me laissa cette cabane, j'étais dans la force de l'âge, je pris une femme bonne et laborieuse; Dieu bénit mon ménage et me donna cinq enfants. Mon bonheur ne dura guère que quinze ans. Survint la grande disette; ma femme m'aida à tout supporter; mais, peu de temps après, Dieu la retira de celte terre, et avec elle disparut tout mon bonheur. La guerre me rendit pauvre. Mes fds sont enterrés sur les champs de bataille. Il ne m'en restait qu'un seul. Tout m'avait frappé coup sur coup. Pendant longtemps je ne pus m'en relever. A la lin, le temps et la loi
rice do la vie. — L'Inconnu. Elle est la plus grande trompeuse de l'univers. »
Ce |' ! : 8 rappelle les jolis vers de Voltaire :
f Nous sommes de vieux enfants; S'os erreurs sont nus lisièi es :
Et les vanités légên s
bei cent en cheveux blancs. «