‹ Théâtre choisi de Lessing et de KotzebueChapitre 276 sur 442 · SCENE VIII · texte numérisé non relu

SCENE VIII

(Un appart îrrnt du château.) EULALIE, une lettre à la main.

Voilà qui me chagrine! Je m'étais déjà si bien accoutumée à ma solitude! Le repos, sans doute, n'habite pas toujours dans l'âme du solitaire; la conscience le suit dans les couvents et dans les déserts! Ici du moins, lorsque le remords m'accablait, je pouvais répandre des larmes : personne alors ne m'en demandait compte. Je pouvais errer sur les montagnes et dans les vallées, sans qu'on s'aperçût que j'étais poursuivie par le remords. — A présent, je serai sans cesse importunée... Il me faudra, malgré moi, partager leurs sociétés, les accompagner à la promenade pendant les beaux jours ou faire cercle avec eux pendant le mauvais temps. — El le major aussi! Ah! il faut que je l'évite. — Ah! j'aimerais mieux qu'ils fussent restés dans la ville, à leurs bals, à leurs assemblées, pour s'y regarder, et médire, et se tromper... [Relisant la lettre.) Et c'est dès aujourd'hui; cela m'est bien désagréable! Encore cette lettre

1. S ène vu de l'ancien texte; scène I" du deuxième acte dans l'adaptation de Julie Mole, et dans celle de M. Pages.

nie laisse-t-clle ignorer si leur voyage à la campagne n'est qu'un caprice, l'idée d'un moment, ou s'ils ont le projet de s'y fixer, comme j'en ai peur. Adieu, alors, solitude qui si souvent fis naître un peu de repos dans mon cœur agité! Adieu mes lectures! Des discours vides de sens vous remplaceront. Ici, où le soleil naissant me surprenait en pleurs, retentiront dès le matin les sons du cor et les aboiements dos chiens. Hélas! je supporterai tout cela avec résignation; niais quand la généreuse comtesse me donnera de nouvelles preuves de son amitié, de son estime, lorsqu'à chaque instant je serai forcée de me dire : « Non, tu n'en es pas digne! » Oh! comme les remords déchireront mon cœur! — Ou bien... quelle idée enrayante!... si ce château devenait le rendez-vous d'une société nombreuse et brillante, et que le hasard y offrît à mes yeux quelqu'une de mes anciennes connaissances?... Hélas! combien n'est-on pas malheureux, quand il existe au monde un seul être dont on redoute la vue !

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