ACTE II, SCENE I. 3ïi
pendant, je n'en ai pas pris une seule goutte, pas même auK grandes fêtes.
pierre. — Ni moi non plus, je n'en ai pas bu une goutte.
le major, sou?nant. — Eh bien? Je pense que madame Mùller n'aura pas bu tout cela.
bittermann. — Pas elle précisément, car elle ne boit pas devin; mais s'il y a dans le village un malade qui pourrait se contenter d'une gorgée d'eau-de-vie, vite elle envoie une bouteille de vieux Hoehheimer. Je lui ai fait des observations à diverses reprises; mais elle m'a répondu tout court : « Je prends la responsabilité sur moi. »
le major. — Et moi aussi, mon cher Bittermann.
bittermann. — Après tout, cela ne me regarde pas. J'ai eu la surveillance de la cave pendant vingt ans; mais de ma main, pas un pauvre n'en a reçu la plus petite goutte.
pierre. — Ni de ma main non plus.
bittermann. — Et puis, si d'un côté elle dissipe les choses, elle choisit mal son moment aussi pour faire des épargnes. Lorsque je reçus la nouvelle de la victoire de Leipzig, j'ai voulu montrer ma joie en véritable Allemand. J'ai invité M. le pasteur et M. le bailli pour boire de compagnie avec eux quelques bouteilles dans toute la joie de nos cœurs. — Qu'en pensez-vous, monsieur le major? elle ne m'a donné que des vins de France1!
le major. — Horrible!
bittermann. — C'est une femme étrange. L'amitié de la femme du pasteur et de la femme du juge est trop peu pour elle, et quelquefois elle est assise au milieu des paysannes.
pierre. — Au beau milieu!
bittermann. — Nous deux, nous nous entendons encore
I. Ancien texte : o l'ar exemple, l'automne donner je reçis une lettre de la Hongrie, où l'on me m mdait la prise de Novi par le feld-maréchal I.andon. Je voulus alors, moi, membre du Saint-Empire romain, en témoigner, ma joie. .Mais, le croiriez-vous, monsieur le major? Madame Millier ne nous donna que du vin de F an onie tout pur. »
assez bien; entre nous, elle fait les yeux doux à mon fils Pierre.
pierre. — Pierre, c'est moi.
bittermann. — Un garçon qui se porte bien, à ce que vous voyez, monsieur le major. Il apprend à lire chez le maître d'école.
pierre. — Et à compter aussi.
le major. — Je vous en fais mes félicitations!
bittermann. — Il me semble que j'entends dans l'escalier la voix argentine de madame Mûller.
le major, à part, en mettant la main sur son cœur. — Elle vient !
bittermann. — Si monsieur le major veut bien le permettre, — les préparatifs pour l'arrivée de de Son Excellence...
le major. — Allez, mon cher monsieur Bittermann, je ne vous retiens pas.
bittermann. — Si monsieur le major s'ennuie quelquefois, je pourrais lui offrir des lettres de tous les pays. Entre nous, j'ai même un correspondant à Sainte-Hélène.
(Il sort eu faisant mille révérences que Pierre répète '.)
1. Ancien texte : « Bittermann. Monsieur le major n'a qu'à ordonner. Si quelquefois il trouvait le temps long et qu'il voulût apprendre les nouvelles les plus fraîches du théâtre de la guerre en Hongrie... il pourrait s'adresser à moi. J'ai des lettres... — Le major. Fort bien. — Bittermann [en faisant des révérences qui ne finissent jws.) Des lettres des frontières de la Turquie, des lettres de la Russie, des lettres du pacha deScutari. u
Il parait que, lorsqu'on représente cette pièce en Allemagne, les allusions de ce genre sont rajeunies selon l'actualité du moment. Ce qui est certain, c'est que dans les changements qu'on vient de voir, le désir de remplacer des allusions vieillies, devenues peu intelligibles, n'était pas seul enjeu; la rancune contre l'empire napoléonien et contre la France y entrait pour une bonne part.