‹ Théâtre choisi de Lessing et de KotzebueChapitre 303 sur 442 · ACTE III, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE II

François. — Sur mon âme, c'est l'expression de mon cœur ! Quand je vois en silence comme vous faites du bien autour de vous; comme vous laites de la misère d'autrui la vôtre, et combien, malgré tout, vous êtes loin d'être heureux vous-même!... hélas! le cœur me saigne!

l'inconnu, ému. — Je te remercie.

François. — Mon cher maître, ne m'en veuillez pas : ne serait-ce pas l'épaisseur du sang qui vous rend mélancolique? J'ai entendu dire par un célèbre médecin que ia misanthropie avait sa cause dans le sang ou dans les entrailles.

l'inconnu. — Ce n'est pas là mon cas, mon bon François.

François. — Vous êtes donc vraiment malheureux? et cependant vous êtes si bon, ah ! quel dommage !

l'inconnu. —Je souffre sans l'avoir mérité.

François. — Pauvre maître !

l'inconnu. — As-tu oublié ce que disait ce matin le vieillard : « Il est une autre, une meilleure vie! » Espérons et sachons souffrir.

François. — Amen !

CHARLOTTE, les précédents.

charlotte. — Avec votre permission — bien sûr, vous êtes l'étranger qui a tiré de l'eau notre maître monsieur le comte ?

(L'Inconnu ne répond pas.)

François. — C'est lui.

charlotte. — Mes maîtres, monsieur le comte et madame la comtesse de Wintersée, vous envoient leurs com-

\ . Au début de cette scène, et plus loin, dans l'ancien texte, Charlotte est d'une insolence aussi grossière qu'invraisemblable. Bien des mots choquants ont été retranchés; mais il reste encore le Grobian (rustre"), jeté au nez de l'inconnu, qu'il est difficile d'admettre, vu la nature de la commission donnée.

plimcnts et vous prient avec instance de leur faire la grâce de venir passer la soirée avec eux au château.

l'inconnu. — Je ne dîne pas.

Charlotte. — Alors, venez seulement.

l'inconnu. — Je ne viens pas.

.charlotte. — Vous n'allez pas me renvoyer comme cela ? — Pas un mot de plus ? — M. le comte est pénétré de reconnaissance ; vous lui avez sauvé la vie.

l'inconnu. — Je l'ai fait volontiers.

chaklotte. — Et vous ne voulez pas môme accepter un simple : « Dieu vous le rende I »

l'inconnu. — Non.

charlotte. — Vraiment, monsieur, vous êtes cruel. Je vais vous dire qu'il y a trois dames au château, et que toutes trois nous brûlons de savoir qui vous êtes.

(L'Inconnu se lève et s'en va.)

charlotte. — Rustre! — Mon ami, vais-je apprendre de vous qui est votre maître?

franchis. — Difficilement.

Charlotte. — Pourquoi pas?

François. — Parce que je l'ignore moi-même.

Charlotte. — Un aventurier?

François. — Peut-être.

charlotte. — Serait-ce un duel...

François. — C'est possible.

charlotte. — Ou un émigré '

FRANÇOIS. — Cela se peut.

Charlotte. — Que dire à ma maîtresse?

François. — Ce qu'il vous plaira.

charlotte. — Voilà ce qu'on rccolte dans cette damnée vif do campagne! Aucun savoir vivre*] Pas un homme comme il fautz\

(Elle sort.)

François, seul. — Oui, oui, ma belle petite demoiselle, mon maître n'est pas corrompu au point de faire un aimable convive.

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