L'INCONNU, FRANÇOIS
l'inconnu. — Est-elle partie?
FRANÇOIS. — Oui.
l'inconnu. — François !
François. — Monsieur!
l'inconnu. — Il faut partir aussi.
François. — Où allons-nous?
l'inconnu. — Dieu le sait.
François. — Soit, je vous suis.
l'inconnu. — Partout où je vais ?
François. — Jusqu'à la mort.
l'inconnu. — Plût au ciel ! Dans la tombe seule est le repos.
François. — Pourquoi pas ici?
l'inconnu. — Je ne veux pas qu'on me regarde comme une bête étrange.
françoIS. — Vous arrangez cela à votre façon! Qu'un homme invite h dîner le sauveur de sa vie, rien de plus naturel.
l'inconnu. — Je ne veux pas qu'on m'invite à dîner.
François. — Soyez tranquille on ne le fera guère pour la seconde fois.
l'inconnu. — Ces imbéciles! Ils croient vous rendre le plus grand service, quand ils vous offrent le bonheur de dîner une fois avec eux.
François. — Faites attention, monsieur, ils ne vont pas rester longtemps ici. Le beau monde va à la campagne en été, parce que c'est la mode, et il remercie Dieu quand l'automne arrive, car alors il peut revenir à la ville sans se déshonorer.
l'inconnu. — Ne vois-tu pas reluire des uniformes et des casquettes là-bas? — Non, il faut que je parte ! Je ne peux rester plus longtemps.
François. — Bien, je vais faire nos malles. l'inconnu. — Le plus tôt possible. Faut-il que je m'en-
ferme dans ma chambre pendant qu'il fait un temps superbe, seulement pour éviter des visages étrangers! — François, je mets le verrou à ma porte. François. — Et moi, je vais la garder du dehors.
(L'Inconnu sort.)
François, seul. — Si les maîtres de là haut sont aussi curieux que la femme de chambre, on va m'assiéger de questions.