Scène iv (Julie Mole
le major. — On pourrait nous rencontrer.
la comtesse. — C'est donc un mystère?
le major. — Certainement.
la comtesse. — Alors, parle.
le major. — Ma sœur, j'aime!
la comtesse. — Moi, sans doute.
le major. — Ne plaisante pas. J'aime follement madame Mùller.
la comtesse. — Vrai, le grand mystère! Ne le savais-je pas il y a trois ans?
le major. — C'est vrai. Je l'aimais déjà dans ce tempslà, et plus que lu ne croyais. Vous croyiez bien sûr que le désir de voyager m'avait t'ait partir de ma patrie? — Ma sœur, — j'avais honte de l'avouer; il fallait fuir pour ne pas faire une sottise, comme je l'appelais dans ce temps là.
la comtesse. — Ah!
le major. — J'ai voyagé depuis trois ans, j'ai cherché le repos perdu dans le bruit des armes, dans les splendeurs des cours.
la comtesse. — Et tu ne l'as pas retrouvé ?
le major. — Quelquefois je me le suis figuré. Je suis revenu comme par une sorte de bravade — mais hélas! je l'ai revue.
la comtesse. — Et la glace artificielle s'est fondue ! Ha ! Ha! Ha!
le major. — Je t'en prie, ma sœur, sois sérieuse. Il s'agit de mon bonheur, de ma vie !
la comtesse. — Par toutes les grâces! tu as l'air de vouloir évoquer les esprits !
le major. — Qui est-elle? Qu'est-ce que lu sais d'elle?
la comtesse. — Peu et beaucoup. Ce que je sais ne doit pas te rester caché. Il y a plus de trois ans qu'un soir on m'annonça une personne étrangère qui désirait nie parler seule. Madame Millier parut, avec toute la simplicité, avec, toute la modestie qui t'ont enchanté aussi. Mais d;\us ce temps ses traits portaient encore des traces visibles de la peur et de l'égarement qui, maintenant, se sont fondus en une douce mélancolie. Elle se jeta à mes pieds et me conjura de sauver une malheureuse près du désespoir. Elle