‹ Théâtre choisi de Lessing et de KotzebueChapitre 309 sur 442 · ACTE III, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE V

disait qu'on lui avait dit beaucoup de bien de moi, et elle s'offrit comme femme de chambre. En vain je m'euquis de la cause de ses souffrances, elle s'enveloppa de mystère; mais de jour en jour elle découvrit de plus en plus un cœur excellent et un esprit distingué. Je cessai de vouloir m'introduire dans sa confiance, mais je la dispensai de tout service inférieur; elle devint mon amie. — Un jour qu'elle m'accompagnait ici dans une promenade, voyant dans ses yeux l'enthousiasme muet que son âme ressentait à l'aspect des beautés de la nature, je lui fis la proposition de rester ici et de s'occuper de la maison. Elle saisit ma main et la porta à ses lèvres avec reconnaissance. Depuis ce temps elle est ici et fait beaucoup de bien en secret, et tous ceux qui approchent d'elle l'adorent. [Elle fait une révérence.) J'ai fini, monsieur mon frère.

le major. — Et moi j'en sais assez. Quelle soit qui elle voudra, — ma sœur, seconde-moi, — je l'épouse.

LA COMTESSE. — Toi ?

LE MAJOR. — Moi.

la comtesse. — Le baron de Horst?

le major. — Fil Si je te comprends —

la comtesse. — Doucement ! doucement! Ces nobles principes d'égalité de toutes les conditions sont admirables dans un roman; mais nous ne vivons pas dans le monde idéal. — M. le baron veut conduire son épouse à la cour, — cela ne se peut pas. Il veut faire entrer ses fils ou ses filles dans les pensions nobles, — cela ne se peut pas.

le major. — Tout ce que tu peux me dire, je me le suis prêché à moi-même pendant trois ans, et en vain. Le sort en est jeté. Je ne suis pas un jeune homme enthousiaste. Tu as devant toi un homme, qui...

la comtesse. — Qui veut prendre une femme.

le major. — Pour lequel un bonheur doux et paisible a plus de prix que le clinquant du grand monde. Je vis dans nif> propriétés, je sais me suffire. Une femme comme celle-ci — être un jour père d'enfants qui lui ressemblent; — une poignée de vassaux dont je puis faire le bonheur, car j'en ai la volonté et les moyens; — une paire d'amis, — une sœur aimable et espiègle — ou — quoi donc ? Est-ce

que cette belle-sœur ne conviendrait pas à madame la comtesse?

la comtesse. — Tu es bien malhonnête !

le major. — Eh! qu'est-ce qui me retiendrait encore?

la comtesse. — Tout ceci est beau et touchant, le plan est magnifique; mais — tu as oublié une petite circonstance.

le major. — Laquelle?

la comtesse. — Si madame Mùller veut de toi !

le major. — Voilà, chère sœur, pourquoi j'ai besoin de ton intervention. Ma bonne Henriette! veux-tu devenir mon ambassadrice? toi qui as reposé sur le même sein que moi.

la comtesse. — Pardon, j'avais une nourrice !

le major. — Quelle cruelle espièglerie I

la comtesse. — Quel homme étrange! Pourquoi maintenant cette sensibilité? Tu me connais. Voici ma main, je fais ce que je peux. — Chut! Un peu plus, on nous surprenait. Ils viennent. Chasse-moi donc ce front plissé d'homme marié; attends tranquillement ton jeu, moi je vais mêler les cartes.

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