ACTE III, SCÈNE VII
c'est de m'aecuser comme une criminelle sans aucune circonstance atténuante.
la comtesse. — C'est là le vrai repentir...
eulalie. — Oh f si vous l'aviez connu, cet homme beau et noble I — Lorsque je le vis pour la première fois, — j'avais à peine quatorze ans.
la comtesse. — Et votre mariage?
eulalie. — Quelques mois après.
la comtesse. — Et votre fuite?
eulalie. — Je fus sa femme pendant deux ans.
la comtesse. — Oh! alors laissez la faute à votre jeunesse et non à votre cœur.
ellalie. ■ — C'est là le langage de ma tête dans ces heures où le désir de le revoir et l'amour remportent la victoire sur le repentir. Non, ma jeunesse n'est pas une excuse pour moi. (Avec un reyard vers le ciel.) Mon vieux et vénérable père! ce serait t'accuser! Tu m'avais mis au cœur les principes de l'honneur et de la vertu. Tu m'avais prévenue contre le poison de la flatterie et de la séduction.
la comtesse. — Que peut l'éducation avec un Lovelace?
eulalie. — Ce misérable, — il est devant Dieu maintenant,— avait volé l'amitié de mon mari et avec elle ma confiance. Un long voyage d'affaires sépara Meinau de moi; en partant, il me contia à la garde de l'ami. Je n'avais pas de méfiance, voilà la cause de ma perte. Mais Dieu ne m'avait pas laissée tomber si bas que j'osasse essayer de tromper mon époux; — l'heure de ma chute fut aussi l'heure de ma séparation, de ma fuite. — Au désespoir, j'échappai au séducteur effrayé au milieu d'une nuit d'orage; — j'errai dans les rues solitaires jusqu'au matin, nie cachant devant chaque lanterne; — enfin j'entrai dans la chaumière de ma vieille nourrice. Dieu la bénisse! — Elle m'a préservée du suicide!
la comtesse. — Et vous n'êtes plus rentrée chez vous:'
ellalie. — Jamais! c'était devenu l'enfer pour moi!
la comtesse. — Et vos enfants?
eulalie. — En secret, je les ai vus une seule fois de loin sur le bras de leur bonne. Hélas! je ne pouvais même pas
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les bénir avec ces lèvres impures! Le môme jour où mon époux devait revenir, j'ai quitté l'endroit de mon crime, je me suis réfugiée chez une noble àme qui m'a donné une petite place où je peux pleurer — et qui ne me refusera pas une place où je puisse mourir !
la comtesse, la prenant dans ses bras. — Ici, dans mon sein, doivent couler désormais vos larmes. Pauvre créature, peut-être qu'il me sera possible de te rendre l'espoir I •
ei'lalie. — Non, oh! non!
la comtesse. — Vous n'entendîtes plus parler de votre époux?
eulalie. — Il a quitté la ville, — personne ne sait où il est allé.
la comtesse. — Et vos enfants?
eulalie. — Il les a emmenés.
la comtesse. — Il faut prendre des informations-. Peutêtre que mon frère; — hélas! mon pauvre frère, je l'avais complètement oublié! — Venez, pauvre chère amie! on nous attend. Nous avons besoin toutes les deux de distractions.
eulalie. — Un moment, pour me calmer.
la comtesse. — Je vous comprends.
(Elle sort.)