ACTE II, SCÈNE II
MADAME BRENBEL ET MADAME MORGENR0T11, (WCC (le (Jl'UH-
des révérences. — Nous nous réjouissons infiniment d'avoir l'honneur...
le bourgmestre. — Voici ma mère, Madame la Sous- Receveuse des tailles.
madame staar. — Je vous demande mille pardons de ce que les rideaux ne sont pas fraîchement lavés. On le fait toujours à la Pentecôte et à Noël.
olmers. — Madame, je serais désolé si vous dérangiez vos habitudes à cause de moi.
madame staar, à part, en fronçant le nez. — Madame?
olmers au Bourgmestre. — Cette jeune fille est, bien sûr, mademoiselle votre fille?
le bourgmestre. — Chacun la reconnaît à sa ressemblance avec moi.
olmers. — Mademoiselle, je me flatte de l'espoir que ma présence ne fera pas une mauvaise impression sur vous.
sabine. — Au contraire, l'impression est si agréable, que je l'aurais désirée plus tôt.
m. staar. — On voit tout de suite que la fillette a été une année dans la Résidence.
olmers. — Sans doute vous y avez fait d'intéressantes connaissances?
sabine. — Sinon beaucoup, j'en ai fait une.
olmers. — Qui doit être d'autant plus heureuse.
sabine. — Qui sait? Dans la Résidence on trouve à peu près tout, excepté de la mémoire.
olmers. — Prenez garde que vous n'ayez à demander pardon.
sabine. — Je ne pourrais qu'y gagner.
olmers. — Celui qui a eu le bonheur de vous voir...
sabine. *— Vous flattez une pauvre campagnarde.
le bourgmestre. — Voyons, Sabine, tu n'es pas non plus une campagnarde. Nous demeurons, Dieu merci, dans une bien jolie ville.
m. staar. — Les deux rues principales sont pavées.
sperling. — Cinq mille habitants, parmi lesquels aussi quelques poêles.
madame staar. — Trois églises.
madame brehdel. — Une promenade délicieuse jusqu'au gibet.
olmers. — J'ai remarqué une colline charmante.
madame morgenroïu. — Oh! elle est excellente pour sécher le linge.
olmers. — El la vallée est parsemée de buissons d'une façon si pittoresque!
madame brendel. — Les meilleurs fraises se trouvent là.
sperling, lançant un regard du côté de Sabine. — Délicieuses et rouges comme certaines lèvres.
olmers. — En bas serpente une rivière.
madame staar. —Avec des truites et des corassins.
olmers. — Une forêt ombreuse abrite une armer i\>' rossignols.
m. staar. — La forêt est assez épaisse, cependant le bois renchérit chaque année.
olmers. — La petite ville a-t-elle un grand commerce?
madame staar. — Oh! oui, celui du raifort sauvage.
m. staar. — Il y a aussi des dépôts d'épiceries des Indes orientales et occidentales, et un cabinet de lecture.
sperling. — Est-ce que vous avez entendu parier de notre tir?
olmers. — Malheureusement non.
sperling. — H y a aussi un Polichinelle '.
madame staar — El nous avons un prédicateur pour l'après-midi, à l'église de Saint-Gilles; c'est un homme comme un apôtre! Oh! bien sûr, vous le connaissez .'
olmers. — En vérité, j'ai honte d'avouer...
sterling. — Que dit-on dans la Résidence de noire théâtre d'amateurs? Je joue Pierre, dans Misanthropie et Repentir.
madame morgenuoth. — Et tout au naturel.
sperling. — N'est-ce pas, ma cousine2?
K. Mot & mot un Hantwintt, nom du polichinelle allemand, personnage familier des anciennes Farces populaires, qui se traduirait littéralement en français par Jean Boudin ou Jean Saucisse.
1. Le rôle de Pierre étant celui d'un lourdaud, on voit le genre de compliment que Sperling accepte et se fait Bans y penser.