ACTE III, SCÈNE IX
le bourgmestre. — La conclusion de ce conseil serait donc...
madame staar. — Non; il ne l'aura pas!
tous. — Il ne l'aura pas!
le bourgmestre. — Benel optintê! C'est aussi mon avis. Il y a seulement à voir maintenant comment on peut lui dire cela d'une façon convenable. Car, à cause du respect dû à Son Excellence monsieur le Ministre, il faut le traiter avec un ménagement tout spécial.
madame brendel. — Si on l'invite à dîner tous les jours, il peut déjà se tenir pour content.
le bourgmestre. — Ce serait quelque chose.
madame brendel. — Monsieur notre cousin pourrait lui verser le vin d; honneur1 de la part du Conseil municipal.
le bourgmestre. — Non, ma cousine, ce serait trop.
madame morgenrotii. — Ou l'on pourrait L'inviter comme parrain au premier baptême qui se trouvera daus la famille.
le bourgmestre. — Pour cela, soit!
m. staar. — Qu'en pensez-vous? Si, — comme c'est surtout son intention de demeurer à Kramwinkel, — si nous lui proposions une autre femme?
le bourgmestre. — Mon frère a là une bonne idée.
madame staar. — Oui; mais qui?
m. staar. — Ton Ursule. Elle est dans sa neuvième année. Il peut attendre : en attendant, avec l'aide du ministre, il peut devenir un homme honnête et ordonné; il peut apprendre le savoir-vivre dans notre bonne société, il peut achever son éducationà l'aide de ma bibliothèque cl présenter de nouveau sa demande.
madame staar. — Très-bien. Et l'on serait toujours maître de faire ou de ne pas faire.
le bourgmestre. — Mais s'il ne veut pas attendre si longtemps? Car je connais ces jeunes gens; dès qu'ils se proposent de se marier, cela doit aller comme le vent2.
1 . Forme d'hommage usitée en Allemagne pour les étrangers de distinction qui sont de passage dans un endroit.
i. Germanisme : tJber Hais und Kopf, sur cou et tête.
m. staar. — Eh mais! alors, je saurais bien lui indiquer une beauté mûre.
tous. — Qui donc?
H. staar. — Là, notre cousine, madamela Surintendante de la pêche et du flottage.
madame hrendel, minaudant. — Vous plaisantez!
m. staar. — Elle est veuve depuis huit mois.
madame brendel. — Bientôt neuf mois, monsieur le Viee-Mar gui Hier, neuf mois!
m. staar. — Elle a de la fortune, et peut lui acheter un titre, ils ne coûtent pas bien cher; car, à vrai dire, c'est un bel homme.
madame brendel. — Oui, il est bien, il faut l'avouer.
m. staar. — De cette façon il entrerait dans'la famille.
madame staar. — Ce qui paraît être la chose, principale pour lui.
le bourgmestre. — Qu'en dites-vous, ma cousine?
madame brendel, ce cachant derrière son éventail, — La volonté de Dieu soit faite x !