ACTE Iir, SCENE IX. iS'ï
m. staar. — - Je pense...
MADAME BBENDEL. — Quant à moi...
madame morgenrotii. — J'ai mes idées là-dessus.
madame brendel. — Les mariages (le la Résidence ne vont pas toujours bien. On a des exemples.
madame staar. — Vous avez raison, ma cousine. La tille du greffier de la ville...
madame brendel. — C'était une joie ci une magnificence lorsqu'elle a épousé le journaliste!
madame morgenrotii. — Elle s'est fait faire trois robes à la fois.
madame staar. — El à peine un an après, elle est revenue avec un petit vermisseau '.
madame brendel. — Maintenant elle mange de la misère.
madame morgenrotii. — On a vendu les chiffons de soie.
madame staar. — Naturellement; où voulez-vous donc qu'elle prenne de l'argent?
madame brendel. — La vie devient plus chère de jour en jour.
madame morgenrotd. — Ah! oui, ma cousine, au dernier marché le beurre a coûté deux sous de plus.
madame staar. — Comment cela finira-t-il?
madame brendel. — Madame la Secrétaire du bureau des finances Wittmann donne cependant des dîners tous les jours.
madame morgenrotii. — J'entends dire qu'elle a fait du gâteau encore hier.
MADAME STAAR. — QllC diteS-VOUS-là !
madame brendel. — Son mari n'est cependant que surnuméraire.
madame staar. — Ces gens-là, où prennent-ils de l'argent?.
madame morgenrotb. — Oh! si je voulais parler!...
1. An lieu 'le dire un petit enfant. M*6 Staar emploie un terme dédaigneux.
2/ Mot ù mot : Elle ronge le drap de la faim. L? mot IJungerlwh, qui désigne le drap noir dont on recouvre l'autel en temps de carême, ne s'emploie guère en dehors de ce germanisme expressif.
MADAME STAAR Ct MADAME BRENDEL.— Oh! parlez, cllèl'C
cousine, parlez donc.
le bourgmestre. — Une autre fois je vous prie. Pour revenir à ma fille Sabine...
m. staar. — A quoi pense monsieur mon frire? Mais cet homme n'a pas de famille.
madame brendel. — On ne sait même pas comment il est né.
madame morgenrotu. — On ne sait pas s'il faut écrire : Wbkledêi ou Hochedel '.
madame brendel. — Vous savez que la bonne sociélédo notre ville s'allie entre elle de temps immémorial.
madame morgenrotu. — C'est h cause de la famille qu'on arrange les mariages.
m. staar. — On s'aide mutuellement à arriver jusque dans le Conseil municipal.
madame brendel. — Monsieur îiotro cousin sait cela le mieux du monde par lui-même.
madame morgenrotu. — Un étranger est une abeille voleuse dans notre charmante ruche.
madame staar. — Il ignore nos anciennes habitudes respectables...
madame brendel. — Se moque de nos honorables rtiôeUPs...
madame morgenrotu. — Empoisonne la jeunesse qui, déjà sans lui, va de mal en pis...
MADAME staar. — Ah oui, macousine, de notre lemps!...
madame morgenrotu. — Oh oui, oh oui!
madame STAAR. — Je nféloiine seulement que vous puissiez oublier la chose principale! Cet homme n'esl rien du tout, pas même surnuméraire, ou quelque chose comme cela. — Voyez-vous, cela nie plail vraiment! La tille d'un Bourgmestre ct Doyen! La petite-tille d'un Sous-receveur1 Il porte le nez haut!
1. Wohledel (bien noble) ct Hochedel (hautement noble) sont des qnali fient ions passées île mode. Sur l'adresse d'une lettre, après le Dôm d'un bourgeois, on met maintenant Wohlgeboreti , après le nom d'un noble on d'un chevalier d'un ordre quelconque, Hochgebortn — (Wefl n<'', haute • uinit né).