‹ Théâtre choisi de Lessing et de KotzebueChapitre 41 sur 442 · SCÈNE Y · texte numérisé non relu

SCÈNE Y

NATHAN, et un instant après LE TEMPLIER.

nathan. — J'ai presque peur de cet original; sa rude vertu m'intimide presque. Un homme devrait-il ainsi embarrasser un homme? Ah! il vient. Par le ciel! ce jeune homme a la physionomie d'un homme; j'aime en lui ce regard lier et bon, cette démarche assurée : l'écorce seule doit être amère; le fruit ne l'est sûrement pas. Où ai- je donc vu une figure qui lui ressemblait? Pardonnez, noble Franc...

LE TEMPLIER. — Quoi?

natiian. — Permettez-moi....

LE TEMPLIER. — Quoi? jllif! quoi?

nathan. — .... D'avoir la hardiesse de vous parler.

le templier. — Puis-je l'empêcher? Cependant soyez bref.

nathan. — Arrêtez! et ne passez pas si vite, et avec tant de dédain et d'orgueil, devant celui que vous avez attaché à vous pour toujours.

le templier. — Comment cela? Ah! je devine à peu près. N'est-ce pas? vous êtes....

nathan. Je m'appelle Nathan; je suis père de la jeune fille que votre générosité a sauvée du feu; et je viens....

le templier. — Si c'est pour me remercier, épargnezvous ce soin; je n'ai enduré déjà que trop de remercîments pour cette bagatelle : vous surtout, vous ne m'êtes redevable de rien, de rien absolument. Savais-je que cette jeune fille était votre fille? C'est le devoir d'un templier de s'élancer au. secours du premier individu qu'il voit en danger. En outre, la vie m'était fort à charge dans ce moment-là : j'ai saisi volontiers l'occasion de la risquer pour la vie d'un autre; pour la vie d'un autre, fût-ce même pour la vie d'une juive.

nathan. — Grand ! grand et atroce ! Cependant on peut s'expliquer ce détour. La magnanimité modeste, pour échapper à l'admiration, se cache sous l'atrocité; mais si elle dédaigne l'hommage de l'admiration, quel autre hommage ne dédaignera-t-elle pas? Chevalier, si vous n'étiez pas Etranger et captif, je ne vous questionnerais pas si hardiment. Parlez, ordonnez; en quoi puis-je vous être utile?

le templier. — Vous? En rien.

nathan. — Je suis riche.

• le templier. — Un juif riche ne m'a jamais paru pour cela un meilleur juif.

nathan. — N'oseriez-vous donc pas néanmoins vous servir de ce qu'il a de meilleur, de ses richesses?

le templier. — Eh bien! je ne veux pas vous refuser tout à fait. Pour l'amour de mon manteau, je ne vous refuserai pas; aussitôt qu'il sera entièrement déchiré, dès

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