ACTE III, SCÈNE XIII
sabine. — Non, non : le château a été décrit dans tous ses détails; il n'y a pas un tel corridor.
sperling. — Ou un jardin, où parmi les sombres bosquets d'ifs...
sabine. — Vous oubliez, monsieur Sperling, que la jeune fille modeste ne va pas parmi les sombres bosquets d'ifs.
olmebs. — Il me semble qu'on pourrait bien la laisser aller jusque-/».
sabine. — Jamais ! Elle ne fait pas cela.
sperling. — Alors le chevalier pourrait se glisser simplement dans sa chambre à coucher?
sabine. — Le Ciel nous en préserve ! Elle fait cela encore moins.
olmers. — Il semble presque qu'elle n'ait pas la moindre coniiance en son amant.
sabine. — Oh! si. Mais que diraient les critiques de la moralité de l'œuvre? Non, elle n'accepte nullement ces choses-là.
sperltng. — Oui; mais alors nous nous trouvons»vraiment un peu gênés. Dieu sait, si je voudrais vous aider. — C'est dommage, monsieur, que vous ayez dessiné le caractère de la jeune fille comme celui d'une personne un peu trop sévère et trop décente.
olmers. — Vous avez raison. Je vois bien qu'à la fin elle sera le partage de cet affreux rival.
sperling. — Non, non, non! Cela n'arrivera pas. Non, jamais! Nous allons essayer d'éviter cela. (// réfléchit.) Si — quand — la seule chose que la jeune fille accepterait serait une courte entrevue, avant de se coucher, devant la porte de la maison. Tout le monde serait encore éveillé dans l'entourage — il y aurait quelques passants — le vioilleur de nuit ou d'autres. — Qu'en pensez-vous?
olmers. — Une idée magnifique!
sabine. — Il me semble cependant que ceci n'est pas tout à fait comme il faut...
sperling. — Soyez tranquille, je prendrai cela sur moi. [A Olmers.) Arrangez toujours, je vous prie, pour l'amour de Dieu, l'entrevue de cette façon -là; personne ne saurait y trouvera redire.
sabine. — Eh bien, monsieur Olmers, si cela vous convient de cette façon-là?
olmers, à Sperling. — J'agirai avec joie d'après votre conseil.
sperling se frotte les mains. — Eh bien, alors nous aurions tiré la pauvre fille de son embarras !
sabine, faisant une révérence , — Elle vous en remercie.
sperling. — Je l'ai fait volontiers. Peut-être qu'on pourrait arranger cela de façon à éconduire le rival d'une façon ridicule?
sabine. — En effet.
sperling. — S'il est assez stupide pour cela?
olmers. — Oh! oui, je vous en réponds.
sabine. — Alors, si la jeune tille donnait le rendez-vous à son amant en présence du rival?
sperling. — Bravo ! bravo f On en rira bien.
sabine. — On pourrait faire qu'il en rît lui-même.
sperling. — Tant mieux! tant mieux!
(Il rit à gorge déployée.)
sabine. — Écoutez, les invités prennent congé. Bonne nuit, messieurs. Demain nous en rirons bien; car, pour sûr, M. Olmers arrangera tout dès ce soir même.
olmers. — Pour sûr!
sabine. — Alors, au revoir!
(Elle sort.)
sperling. — Vous voulez y travailler encore aujourd'hui?
olmers. — Oui; il faut se servir du premier feu.
sperling. — Vous ave/, raison. — Ecoulez — quand votre roman sera fini — puis-je demander un exemplaire?
olmers. — Il vous sera dédié.
(Il sort.)