ANALYSE ET EXTRAITS
Ces deux pièces, qui se font suite, ont pour point de départ un épisode des Incns de Marmontel.
La première met en scène une jeune prêtresse du Soleil, le dieu des Péruviens, séduite par un Espagnol, condamnée à mort avec sa famille pour avoir violé les vœux qui la liaient aux autels, comme les Vestales romaines, et finalement sauve! par l'intervention même du grand-prêtre implorant de l'jnca AtaJiba l'abolition de la loi antique. Il règne dans ce drame un sentiment de tolérance philosophique fort louable Bans doute, mais fort peu en rapport avec le temps et le milieu choisi? par l'auteur. Les principaux personnages sont Cora, la prêtresse coupable : Roi la, général péruvien, jeune, lier, plein de grandeur d'âme, passionnément épris de Cora: et don Alonso deMolina, Espagnol, devenu H)ôte et l'ami d'Aicilibn, inca ou roi de Quito : c'est lui qui se fait aimer de la prétresse du Soleil. Alonso et Rolla sont d'ailleurs deux nobles caractères. Cora représente l'amour naïf et passionné à la fois. Le grand-prêtre, animé des plus généreux sentiments, forme une antithèse frappante el un peu forcéeavec le fanatique Xaïra. La pièce ne manque ni d'intérêt ni de beautés, malgré nombre de passages déclamatoires et d'anachronismes de situation el de langage. Tout est pressé, groupé en vue de porter au comble l'émotion produite par le
malheur de Cora et la passion de Rolla. Mais la toile devrait tomber sur les mots : « Grâce ! c'est la volonté des dieux ! » prononcés par le grand-prêtre, qui ajoute à ce cri du cœur une foule de considérations verbeuses et déplacées dans sa bouche.
La tragédie romantique en prose , qui reprend la suite des aventnres de Cora, d'Alonso et de Rolla, est infiniment plus remarquable Le caractère de Rolla y est porté au sublime. Eh ire, la maîtresse de Pizarre, un personnage énergique et bien composé; Pizarre lui-même dans sa férocité, Cora dans son amour maternel, se détachent avec une vigueur et un reliefs saisissants sur le fond de ce tableau , ou plutôt de cette esquisse de la conquête du Pérou par les Espagnols1. L'action est plus vive, le style plus élevé, plus sobre cl plus fort en même temps. Kotzebue s'y élève en plusieurs endroits au-dessus de lui-même. Aussi le succès de celte pièce franchit-il les bornes de l'Allemagne. On sait que Slieridan la donna au théâtre anglais sous le titre de Pizarre avec un égal succès, et l'on peut en lire l'éloge dans l'Allemagne de Mn,e de Staël.
4. Vincens Saint-Laurent remarque avec raison que les compagnons de Pizarre, Almagro et autres, « ne jouent que des rôles subalternes; ils ne paraissent que dans une sorte d'avant-scène... La figure de Las Casas n'est pour ainsi dire dessinée qu'en profil, et Valverde, ce moine fanatique et sanguinaire, dont le nom est voué à l'exécration de la postérité, est travesti en un obscur secrétaire, en un vil scélérat méditant de lâches complots contre son maître, et entièrement inutile au développement de l'action. » Toutefois, le caractère de Pizarre, que Vincens Saint-Laurent trouve rapetissé, nous paraît bien inarqué des traits qui lui conviennent d'après l'histoire : esprit d'aventure, sans peur, mais sans scrupule aussi; amour effréné de la domination, cupidité, cruauté, enfin tout le contraire des vertus héroïques résumées dans le caractère de Rolla, une des plus belles créations de l'auteur.
LA
PERSONNAGES
ATALlBA, roi de Quito.
XAIRA, prêtre du soleil.
TÉLASGO, vieillard de la famille des
Incas.
ZORAl, son fils.
CORA , fille de Télasco, prêtresse du
soleil.
prêtresses du soleil.
ROLLA, ancien général péruvien.
IDALI,
AMAZILI,
DON ALONSO DE MOLIXA, Espagnol.
DON JUAN VELASQUEZ, son ami.
DIEGO, écuyer de don Alonso.