‹ Théâtre choisi de Lessing et de KotzebueChapitre 432 sur 442 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

S3ENE r

Toute la scène est occupée par un épais bocage. Au fond un reste de vieux mur en ruines, et dans le lointain la coupole du temple du soleil. Sur le devant, à droite, une caverne; à gauche, une colline dont le sommet domine les arbres. — Crépuscule du soir.

ROLLA, LE GRAXD-PRÈTRE. Us arrivent à travers le bois.

Le grand-prêtre veut essayer de tirer son neveu de sa retraite sauvage.

3Iais l'unique souhait de Rolla est que la caverne qu'il habite lui serve de tombeau, qu'un jour son oncle y conduise Cora, en lui contant comment le pauvre Rolla exhala son amour dans un dernier soupir : peut-être laissera-t-elle tomber là une fleur... ou une larme! — « Rêveur! » s'écrie le grand-prêtre.

rolla. — Que voulez-vous? je suis ainsi fait. Ce cœur a élé formé pour de grandes passions. Petit garçon, déjà je m'irritais de la contrariété; tandis que mes compagnons se livraient

joyeusement à leurs jeux autour de moi, je les partageais, mais l'ennui me poursuivait et j'ignorais moi-même ce qui me manquait. Mais quand les nuages s'amoncelaient à l'horizon quand, au milieu de la nuit, les \oleans vomissaient des flammes ou que des secousses souterraines annonçaient un tremblement de terre, oh! alors, mon cœur s'épanouissait, mon esprit languissant retrouvait de l'aliment; la plante flétrie relevait sa tête. Parvenu à l'adolescence, aveugle pour toutes les beautés de la nature, je ne portais un œil avide et fixe que sur l'éclat de la gloire; mon cœur, mon cœur palpitant n'était enflammé que du désir des grandes actions et de la renommée... Hélas! je revis Gora.

le grand-prêtre. — Et cette flamme s'éteignit, cette flamme dont la vivacité promettait une éternelle durée, elle s'éteignit comme une lampe sur laquelle souffle un enfant.

rolla. — Non! la flamme se conserva, mais elle changea d'aliment. C'était une flamme sauvage, brûlante, transformée en un feu doux et réchauffant. La gloire fit place à l'amour.

i.e grand-prêtre. — Un feu doux et réchauffant! Comme ces mots sonnent bien! Mais ton feu, qui éclaire-t-il ou qui lécha uffe-t-il ?

noi.i.A, froidement. — Je sens ce que vous. voulez dire. i.e grand-prêtre. — Tu le sens et tu ne rougis pas! Jeune homme, doué d'un courage héroïque, peut-être pour le bonheur delà moitié d'un monde, tu circonscris ta sphère... dans une caverne! Inca, fils du soleil, destiné, ;'i affermir le trône, tu fuis dans une caverne! Général, appelé à la tête des armées de ta patrie et endetté envers elle par celle glorieuse confiance, tenu de la servir par tes hauts fails... tu t'ensevelis dam une caverne!

rou.a. — Voulez-vous faire de moi un fanfaron? Comme inca et comme général, j'ai satisfait à tous mes devoirs par des victoires et des blessures. J'v ai satisfait dans cette journée terrible où, ébranlé par la puissance d'Huescar, le trône d'Ataliba chancela, et où mon énée inonda de sang ennemi les champs de Tumibamba. (Avec une noble chaleur.) Sais-tu l'histoire de cette journée? Une flèche me traversa le bras gauche, une autre nu' perça le sein, le tranchant du glaive me fendit la joue et un ip de massue m'ouvrit le front. Tu peux encore en voir les cicatrices là, et là, el là... et cependant je n'abandonnai pas le combat. Ai-je payé ma dette ?

lu grand-prêtre, ému, — Brave jeune homme! Mais les bé-

nédictions de ton pays, l'amitié du souverain, l'amour et les transports de ton armée n'ont-ils pas été ta récompense?

roli.a, soupirant. — Sans doute.

le grand-prètre. — Et ton cœur n'y est plus sensible?

rolla. — Xon.

le grand-prêtre. — Punissez donc, ô dieux! un indigne amour qui étouffe dans le cœur de l'homme tous les sentiments généreux.

rolla. — Soyez moins prompt à me condamner. L'amour n'est pas moins que l'honneur le mobile des grandes actions. Mais moi, pour qui dois-je combattre? qui se réjouira de me voir parcourir de nouveau les sentiers de la gloire? Cora ne m'aime pas [ému), et je n'ai plus de père, plus de frère, plus de sœur; je suis seul sur la terre.

le grand-prêtre, te pressant dans ses Iras. — Mon fils! mon cher fils!

« Laissez-moi, dit Rolla... Avec vus vêtements pontificaux vous ne pouvez être le confident de mon cœur... » — Il refuse de le suivre dans sa demeure, dans la partie la plus retirée du temple, et même de venir pour la fête solennelle du lendemain.

SCÈNES II, III, IV, V, VI, VII. — Après un monologue où il déplore celte obstination, le grand-prètre rencontre Diego qui lui donne le change sur le motif de sa présence en ce lieu. Diego, le hâbleur poltron, rejoint don Alonso et don Juan Velasquez. Celui-ci essaye de détourner son ami de la passion qui le pousse toujours vers Cora, dont l'honneur et la vie sont en jeu. Alonso hésite un instant, puis court au rendez-vous. Après une scène comique entre don Juan et Diego , vient une scène d'amour entre Alonso et Cora, qui avertit son amant qu'elle est mère. — Naïve confiance de la jeune prêtresse qui ne se sent pas criminelle. Désespoir d'Alonso. Don Juan, instruit de la vérité, l'assure de tout son dévouement. — Alonso doit revoir Cora au point du jour. En attendant, lui et ses amis couchent dans le bois, à la belle étoife.

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