‹ Théâtre choisi de Lessing et de KotzebueChapitre 437 sur 442 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

SCÈNE I. — Intérieur de la tente de Pizarre. Elvire persifle amèrement Valverde, qui lui parle de son amour pour elle : << Aussi longtemps que Pizarre méritera ma tendresse, dit-elle, aucune ruse ne me séparera de lui. »

SCÈNE II. — Pizarre survient. Il parle avec haine de son ancien compagnon Wonso, perverti par Las , Casas et passé à l'ennemi, et pique par des mots dédaigneux la fierté d'Elvire, qui lui répond en femme blessée.

SCÈNE III (rayée pour la sc'enr par l'auteur). — Diego, l'écuyer d'Alonso, amené prisonnier, renseigne eu tremblant île peur Pizarre et Valverde sur le compte de son maître et de Huila et sur les innocents sacrilices des païens maudits par les l'éruees Espagnols.

SCÈNE IV. — Las Casas, Almngre, Conzale, Davila. etc., Formés en conseil de guerre. Pizarre leur propose de surprendre les Péruviens au milieu du sacrifice qu'ils font, el de toul extermjfier. Las Casas proteste en vain contre les massacreurs el leurs propos cruels. — h Malédiction sur tous, fratricides! » B'écrie-t-il. — « Emmène-moi, Las Casas, dit Elvire.» — « Demeure, et sauve des hommes si tu le

peux ! » réplique le noble apôtre. Ce vieillard vient de lui paraître audessus de l'humanité, Pizarre et les siens bien au-dessous I

LA MORT DE ROLLA. n37

SCÈNE V. — On amène un Cacique prisonnier qui supporte avec un calme héroïque et méprisant les railleries sanglantes de Pizarre: Les promesses le trouvent inébranlable comme les menaces.

pizarre. — Nous allons battre votre armée : sois notre guide par la forêt, et nous te comblerons de trésors.

le cacique. — Ah ! ah ! ah !

pizarre. — Tu ris?

le cacique. — Je suis riche- j'ai deux fils vaillants, et de plus, en réserve, quelques bonnes actions.

pizarre. — Quelle est la force de votre armée?

le caciqcë. — Compte les arbres de la forêt.

almagre. — Quel est le côté le plus faible de votre camp?

le cacique. — La justice de notre cause le couvre de toute part.

davila. — A quelle heure offrez-vous un sacrifice au soleil?

le cacique. — Notre reconnaissance à toute heure.

pizarre. — Où renfermez-vous vos enfants et vos femmes?

le cacique. — Dans le cœur de leurs pères et de leurs époux.

almagre. — Connais-tu Alonso?

le cacique. — Si je le connais, lui, le bienfaiteur de notre nation !

pizarre. — Par où a-t-il mérité ce nom?

le cacique. — Il ne vous ressemble en rien.

almagre. — Insensé! parle avec respect.

le cacique. — Je dis à Dieu la vérité : que dois-je dire aux hommes?

valverde. — Tu ne connais pas Dieu?

le cacique, étendant ses bras avec une religieuse assurance. — Je le connais.

valverde. — Nous vous apportons la seule vraie religion.

le cacique. — Elle est écrite au fond de nos cœurs.

valverde. — Vous adorez des idoles.

le cacique. — Laisse-nous une antique croyance qui nous enseigne à vivre heureux et à mourir tranquilles.

davila. — Engeance endurcie!

le cacique. — Jeune brigand ! nous ne dérobons pas le bien d'autrui.

davila. — Tais-toi, ou tremble.

le cacique. — Je n'ai jamais tremblé devant Dieu : tremblerais-je devant les hommes? et pourquoi devant toi, qui es moins qu'un homme?

davila, tirant son poignard. — Pas un mot de plus, chien do païen, ou je te tue.

le cacique. — Frappe, afin que de retour chez toi, tu puisses te vanter d'avoir aussi massacré un Péruvien.

davila, le frappant. — Va-t'en aux enfers.

pizarre. — Que fais-tu?

davila. — Peux-tu supporter plus longtemps ses invectives?

pizarre. — Doit-il mourir sans torture?

le cacique, se sentant mortellement blessé. — Jeune homme! lu as perdu une belle occasion d'apprendre à souffrir.

elvire. — Barbares! (Elle s'agenouille près de lui.) Malheureux vieillard!

le cacique. — Moi, malheureux!... si près de ma félicité!... Mon épouse me fait Signe... le soleil sourit... Que le ciel vous rende meilleurs... et vous bénisse!

(Il meurt.)

Pizarre et ses compagnons s'éloignent, insensibles.

SCÈNE VI. — Elvire, Valverde. Il offre, pour l'amour d'elle, de poignarder Pizarre. Elle le refuse avec dégoût.

Non, quoique la mort soil dans mon cœur, point de cette vengeance, point de cet instrument. Fi de toute société avec ce misérable! Si Pizarre me rejette, moi qui lui ai sacrifié vertu, honneur... Alors... Me rejeter!... (Avec dignité.) C'est moi qui le repousse. Que puis-je aimer en lui? Sa grandeur?... il est devenu un homme bien petit... mon amour s'est ésanoui. Arrête, cependant... tout ce qu'un mortel projette s'accomplit-il? l'ambition élève des châteaux de cartes, et l'amour souille dessus. — Encore une épreuve, Elvire, et si tu le trouves indigne de toi, accable-le de mépris et foule-le aux pieds dans la poussière

dont il est sorti.

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