ACTE CINQUIÈME
SCÈNE I. — Intérieur du temple: au fond, l'image du soleil sur un autel. Des prêtres L'encensent et offrent un Bacrifice. — Dernier débat entre le Fanatisme et la clémence. — Le grand-prêtre est forcé de prononcer l'arrêt de mort.
SCENE II. — Cora, Alonso. — Âlonso s'accuse de l'avoir perdue ; Cora se montre résignée : la pensée seule de son vieux père trouble sa sérénité. Elle le croit loin de là.
SCÈNE III. — Les précédents. Télasco et Zoraï enchaînés. — Cette double apparition, et les malédictions de son père et de son frère accablent Cora. Cependant, le vieillard ému finit par lui pardonner; Zoraï l'imite, et Alonso lui-même (ce qui semble un peu forcé de la part de ces deu\ personnages) esl compris dans leurs embrassements.
SCÈNES IV. V. VI. — Les précédents, les prêtres, l'Inca et sa suite.
— Alonso ne veut pas se sauver en alléguant (suivant le conseil du roi) sa qualité d'étranger. Ataliba va sanctionner l'arrêt fatal, quand un chambellan éperdu apporte la nouvelle de la révolte soulevée par Huila, malgré les efforb du loyal Vélasquez. Rolla le suit de près.
rolla, armé d'une épée, d'un javelot et portant sur le dos un arc et un carquois. — Amis, suivez-moi. xaira, avec un grand cri. — Le temple est profané. rolla. — Oui, par votre sanguinaire arrêt. xaira. — Dieux! vengez-nous!
(Mouvement confus.)
ataliba, à Xaira. — Silence! (// fait signe de la main qu'il veut parler. A Rolla). Qui es-tu?
rolla. — Ne me connais-tu pas?
ataliba. — J'avais autrefois un chef de mes guerriers qui te ressemblait; il se nommait Kolla et il avait de nobles sentiments. — Mais toi, qui es-lu?
rolla. — Point de raillerie, Inca; au nom des dieux, point de raillerie. — Toutefois, tu peux avoir raison; je ne suis plus Rolla, je ne suis plus moi-môme... Une tempête me pousse... un torrent m'emporte. Prends pitié de moi. Je t'honore, Inca, je te respecte et je l'aime.
■i-iusA. —Toi! J'ai pu jadis me laisser abuser par ce songe.
— Tant que je posséderai Rolla, me disais-je, quoi que le bou-
verain de Cusco médite contre moi dans sa rage, quoi qu'osent entreprendre les provinces soulevées, sa valeur est un arbre à l'ombre duquel je pourrai dormir en repos.
rolla. — Mais cet arbre à l'ombre duquel tu dors, est-ce sa faute si un tourbillon le déracine et le renverse sur toi?
atai.iba. — Quel tourbillon t'a enveloppé? que prétends-tu? Parle, et rends grâce à tes services passés de la faveur que je t'accorde de t'écouter. Je n'ai jamais dignement récompensé tes exploits; je le fais en ce moment... je te permets de parler,
eolla. — Un mot suffira pour ma justification; lu l'admettras, inca, si tu es homme plus que fils des dieux. — J'aime.
atai.iba, maîtrisant son émotion. — Lève-toi.
rolla. — Grâce!
atai.iba. — Lève-toi; dépose tes armes à mes pieds; renvoie tes soldats, et attends ensuite, dans le silence et la soumission, la volonté de ton roi.
rolla. — Grâce! — Mon oncle... ma sœur, suppliez-le avec moi. J'ai si peu supplié en ma vie! j'y suis si peu habile !
ataliba. — Un suppliant en armes! prétends-tu insulter à ton roi?
rolla, se relevant. — Non; mais tu exiges l'impossible... la soumission chez un homme agité de la fièvre! Cora dans les fers, et Rolla sans glaive et sans lance!... Non, par le ciel! je ne les quitterai pas.
ataliba. — Je te l'ordonne : pose les armes.
rolla. — Délivre-la, Inca, déclare-la déliée d'un serment odieux, et je mettrai à tes pieds mes armes et ma vie.
ataliba. — Sans condition, pose les armes.
rolla. — Je ne puis. Viens dans mes bras, Cora; mon sein sera ton bouclier, mon épée brisera tes chaînes.
atai.iba. — Rebelle! fais tout ce que te conseille ton audace et que les dieux permettront; mais sache qu' Ataliba ne prononcera l'arrêt qu'après l'avoir vu désarmé et prosterné à ses pieds. Il ne sera pas dit que tu as arraché à ton roi la grâce que tu lui demandes. — Vous, peuples de Quito, écoutez la voix de votre souverain, écoutez-le, peut-être pour la dernière fois; car, en ce moment, je dépose le sceptre et laisse à mon père à vous juger. — Depuis sept ans, je règne sur vous... Je suis ici dans le temple en présence de Dieu... Quelqu'un a-t-il à me reprocher une injustice volontaire?... qu'il paraisse. Qui s'est retiré de mon trône sans assistance quand j'ai pu le secourir?... que celui-là se montre. — J'ai conquis des États, j'ai vaincu des rois; mais c'est peu. Quand, il y a quelques années, la colère des
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dieux frappa la terre de stérilité, j'ouvris mes greniers bien approvisionnés; je nourris celui qui avait faim, je soulageai celui qui souffrait. Que de nuits j'ai passé dans l'insomnie, le cœur déchiré du spectacle de vos misères et par l'impuissance de les adoucir toutes! — Peuples de Quito, je n'ai pas mérité votre soulèvement. — Qu'on le saisisse, qu'on l'enchaine, ou j'abdique.
(Murmures confus.)
rolla, aux siens. — Vous, me saisir! vous, m'enchainer! Qui de vous l'oserait? Toi, peut-être, mon vieux compagnon, toi, avec qui j'ai partagé mon dernier morceau, lorsque nous manquions de tout? ou toi, à qui je sauvai la vie à la bataille de Tumibamba? ou toi, dont je délivrai le fils au moment où l'ennemi allait l'égorger? Qui de vous veut ma saisir? parlez.
Rien ne peut l'arrêter. Le grand-prêtre même s'humilie en vain à ses pieds ; Rolla résiste.
cora, passant son bras autour du cou de Rolla, lui donne un baiser. — Accepte ce baiser de ta sœur, mortel sublime ! Ce n'est que d'aujourd'hui que je te connais; mais un homme aussi généreux, aussi bon doit être l'ami de son roi. Cora a commis un crime, et toi, pour sauver Cora, tu veux en commettre un second! Il retomberait sur ma conscience, et ma conscience est déjà bien assez chargée. {D'un ton doux et caressant.) Non, Rolla, tu ne le feras pas. N'arrache pas de la main des dieux les rênes dont ils conduisent visiblement ma destinée. Laisse-moi mourir: mon père et mon frère m'ont pardonné, et Alonso meurt avec moi; je meurs sans peine. Nos âmes planeront sur loi; elles se réjouiront si tu te montres fidèle à ton roi et à ta pairie.
Elle le désarme et ['entraîne au* pieds du roi.
ataliBA. — Tu as mérité la mort.
rolla. — Je l'avoue.
ataliba. — Je te pardonne. rolla, le regardant vivement. — Et Cora?... ataliba. — Je te pardonne.
rolla baisse la tête. — Hélas!
ataliba. — Lève-toi.
rolla. — Laisse-moi entendre à genoux l'arrêt de Cora, tu vas prononcer aussi le mien.
ataliba. — Eb bien!...
(Il reprend l'épée et la palme qu'il avait posées sur l'aulel.)
LA PRETRESSE DU SOLEIL. b3o
le ghand-pbêtre, tombant vivement à ses pieds. — Pardonneleur.
ataliba, le relevant avec bonté. — Toi aussi, mon père? La volonté des dieux te serait-elle manifestée''
le guand-pkêtre. — Grâce! c'est la volonté des dieux1 !...
Ataliba déclare la loi de mort abolie, aux applaudissements du peuple.
1 . Nous ne reproduisons pas le discours final du grand-prêtre qui gâta 1'eiïet de ce cri pathétique. Là devrait s'arrêter la pièce.
FIN DU CINQUIEME ET DERNIER ACTE
PERSONNAGES
ATALIBA, roi de Quito.
ROLLA , général des Péruviens.
DON ALONSO DE BIOLINA, idem.
CORa , femme d'Alonso.
PIZARRE, général des Espagnols.
ELV1RE, maîtresse de Pizarre.
VALVERDE, secrétaire de Pizarre. LAS CASAS, dominicain.
ALMAGRE
GONZALE,