‹ Théâtre choisi de Lessing et de KotzebueChapitre 73 sur 442 · ACTE IV, SCENE · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE

rieusement; je renverrai Votre Seigneurie au théâtre, où elle pourra se concilier beaucoup de suffrages en présentant indifféremment pro et contra. Mais si Votre Seigneurie n'a pas voulu se divertir d'une historiette dramatique, si c'est un fait, un cas réel, s'il était advenu dans notre

diocèse, dans notre bonne ville de Jérusalem Oh!

alors

le templier. — Eh bien, alors?

le patriarcue. — Alors il faudrait, avant tout, faire subir au juif les peines que les lois du pape et de l'empereur prononcent contre un tel crime, contre un tel forfait.

LE TEMPLIER. — Oui ?

le patriarche. — Les susdites lois condamnent au bûcher, au feu, un juif qui aurait entraîné un chrétien à l'apostasie.

LE TEMPLIER. — Oui ?

le patriarche. — Et combien plus devrait être puni un juif qui aurait par violence arraché un pauvre enfant au lien de son baptême! Car tout ce qu'un homme fait à un enfant n'est-il pas violence?... à l'exception cependant de ce que l'Église fait aux enfants1.

le templier. — Mais si, sans la pitié du juif, l'enfant avait dû périr de misère?

le patriarche. — Gela ne fait rien, le juif sera brûlé; car il eût mieux valu que l'enfant pérît de misère que d'être sauvé aux dépens de sa perte éternelle. D'ailleurs, pourquoi ce juif prévient-il les secours de Dieu? Dieu ne pouvait-il pas sauver sans lui l'enfant qu'il eût voulu sauver?

le templier. — El aussi, ce me semble, en faire un bienheureux en dépit du juif.

le patriarche. — Cela ne fait rien, le juif sera brûlé.

le templier. — Cela me touche; d'autant qu'on raconte qu'il n'a pus élevé cette jeune lîlle dans sa croyance plus

I. Cette restriction plaisante et naïve du patriarche, en faveur des tiolenees de son Église, avait été supprimée par la censure dans la première traduction.

que dans aucune autre croyance; et qu'il ne lui a appris de Dieu ni plus ni moins que n'en exige la raison.

le patriarche. — Cela ne fait rien, le juif sera brûlé; oui, il mériterait pour cela seul d'être brûlé trois fois! Comment! laisser croître un enfant sans aucune croyance! comment! ne pas enseigner à un enfant le grand devoir de croire! Cela est trop pervers! Je m'étonne, sire chevalier, que vous-même...

le TEMrLiER. — Révérend père, je vous dirai le reste en confession, s'il plaît à Dieu.

(Il veut sortir.)

le patriarche. — Comment! vous ne voulez plus me rien dire? vous ne voulez pas me nommer ce scélérat de juif? vous ne voulez pas me l'amener sur-le-champ? Ah! je sais ce qu'il y a à faire. Je vais de ce pas chez le sultan. Saladin, aux termes des capitulations qu'il a jurées, doit nous assister, il doit nous assister dans tous les droits, dans toutes les règles qui dérivent toujours pour nous de notre sainte religion. Dieu soit loué! nous avons l'original du traité, signé de sa main, scellé de son sceau. Nous saurons aussi lui faire bien facilement comprendre combien même il est dangereux pour l'État de ne rien croire. Tous les liens sociaux sont dénoués, sont rompus, s'il est permis à l'homme de ne rien croire. Loin de nous à jamais un tel forfait!

le templier. — C'est dommage que je ne puisse pas profiter plus à loisir de cet excellent sermon; je suis mandé chez Saladin.

le patriarche. — Oui?... C'est donc... Eh bien, sans doute... Alors...

le templier. — Je préviendrai le sultan, s'il plaît à Votre Révérence.

le patriarche. — Oh! oh! Je sais que Votre Seigneurie a trouvé grâce devant Saladin. Je voudrais seulementqu'elle eût la bonté de me rappeler à son souvenir. C'est le zèle de la maison du Seigneur qui me pousse uniquement; si j'en fais trop, c'est pour lui que je le fais. C'est ce que Votre Seigneurie voudra bien peser dans son cœur. N'est-

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