ACTE IV, SCENE IV
sulman, le chrétien seul n'osera-t-il pas agir en chrétien ?
saladin, plus sérieusement encore. — Sois calme, chrétien.
le templier, plus tranquillement. — Je sens tout le poids du- reproche que Saladin exprime par ce seul mot. Ah ! si je savais comment Assad... comment, à ma place, Assad aurait agi.
saladin. — Pas beaucoup mieux, probablement avec tout autant de colère... Mais qui t'a déjà appris à me séduire, comme lui, par une seule parole ? Sans doute, si tout est ainsi que tu me le dis, moi-même je n'entends plus rien à Nathan. Mais il est mon ami, et aucun de mes amis ne doit se quereller avec un autre : sois docile, sois prudent ; ne le livre pas en proie aux fanatiques de ta populace. Ne révèle point ce que ton clergé voudrait me forcer à venger sur lui, et pour braver le musulman ou le juif, ne va pas faire le chrétien.
le templier. — Peu s'en faut qu'il ne soit trop tard; mais grâce soit rendue à l'ardeur sanguinaire du patriarche dont j'ai eu horreur de devenir l'instrument !
saladin. — Comment ! tu serais allé trouver le patriarche, avant de venir à moi?
le templier. — Dans le transport de la passion, dans le vertige de l'irrésolution... Pardon!... tu ne voudras plus, je le crains, reconnaître en moi ton Assad.
saladin. — N'était celle inquiétude même ! Il me semble. que je sais de quels défauts germent nos vertus; soigne bien celles-ci, et ceux-là te feront peu de tort auprès de moi... Mais, va; cherche Nathan comme il t'a cherché, et amène-le ici. Il faut que je vous fasse expliquer ensemble. Si c'est sérieusement que tu songes à cette jeune fille, sois tranquille, elle est à toi. Nathan aura affaire à moi pour avoir osé élever cet enfant chrétien, sans lui faire manger de la chair de pourceau ! Va.
(Le templier se retire et Sittah quitte le sofa.)