‹ Théâtre choisi de Lessing et de KotzebueChapitre 80 sur 442 · NATHAN, DAYA · texte numérisé non relu

NATHAN, DAYA

daya. — Ah! tout est magnifique, tout est supérieurement choisi ; tout est comme vous seul pouvez le donner. Où a été fabriquée cette étoffe d'argent à ramages d'or ? combien coùte-t-elle? Voilà ce que j'appelle une robe de noces ? une reine n'en souhaiterait pas une plus belle.

nathan. — Une robe de noces ? et pourquoi serait-ce une robe de noces ?

daya. — Ah ! ah ! vous n'y pensiez peut-être pas quand vous l'avez achetée; mais assurément, Nathan, c'est une robe de noces, ce ne peut être que cela; elle est absolument destinée à être une robe de noces. Le fond blanc, symbole de l'innocence, et les ramages d'or qui se détachent partout sur le fond, symbole de la richesse. Voyez-vous ? c'est charmant.

nathan. — Que tu me donnes d'esprit ! — Et pour qui cette robe de noces où tu me découvres de si jolis symboles ? tu es donc fiancée ?

daya. — Moi ?

nathan. — Et qui donc ?

daya. — Moi ? Bon Dieu !

nathan. — Qui donc ? de quelle robe de noces parlestu ? Tout cela t'appartient; c'est à toi toute seule.

daya. — C'est à moi? c'est pour moi? ce n'est point pour Recha ?

nathan. — Ce que j'ai rapporté pour Recha est dans un autre ballot. Allons, ôte-moi d'ici tous tes chiffons.

daya. — Tentateur! Non, quand ce seraient là toutes les magnificences de l'univers, je n'y toucherais pas. Jurez-moi d'abord que vous profiterez de celte occasion unique que le ciel ne vous offrira pas une seconde fois.

natuan. — Profiter de quoi ? de quelle occasion ? à quel propos ?

daya. — Ah! ne feignez pas ainsi l'ignorance. Eu un mot, le templier aime Recha, donnez-la lui, et, par là. niellez fin à votre péché que je ne puis taire plus longtemps. Celle jeune fille retournera ainsi parmi les chrétiens; elle redeviendra ce qu'elle est, elle redeviendra ce qu'elle était, et vous, vous n'entasserez plus sur voire tête des charbons ardents pour seule récompense de bienfaits dont nous ne saurions être trop reconnaissantes.

natuan. — C'est toujours ton ancienne chanson ; tu as seulement mis une corde nouvelle à ta guitare, mais je crains qu'elle n'ait ni plus de force ni plus de son que les autres.

daya. — Comment cela ?

natuan. — Le templier me conviendrait assez bien ; je lui accorderais Recha plus volontiers qu'à nul autre au monde ; mais il faut qu'il ait encore un peu de patience.

daya. — Patience! Patience! n'est-ce pas votre ancienne chanson, à vous?

natuan. — Quelques jours de patience, seulement, — Ah! ah ! qui vient donc ici ? un moine ? va le trouver, et demande-lui ce qu'il veut.

daya. — ;Que va-t-il vouloir ?

(Elle va à lui et le questionne.)

natuan. — Donne lui, et avant qu'il demande. — (Si je pouvais seulement accoster le templier, sans lui dire le motif de ma curiosité! car si je le lui dis, et que mes soupçons ne soient pas fondés, j'aurai fort inutilement mis en jeu le nom de père.) — Qu'est-ce donc ?

DAYA. — Il VCIll VOUS parld*.

\\iiian. — Eh bien, qu'il vienne; et loi, va-t'en.

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